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Marché du travail

De Competences-metiers wiki
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Le marché du travail désigne l'ensemble des mécanismes par lesquels l'offre de travail des individus actifs rencontre la demande de travail des employeurs, déterminant ainsi les niveaux d'emploi et de rémunération dans une économie. Contrairement aux marchés de biens et services, il présente des caractéristiques institutionnelles et juridiques singulières, notamment la subordination inhérente à la relation salariale et son encadrement dense par le droit. En France, il concerne environ 30,3 millions de personnes en emploi et quelque 2,9 millions de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) en 2024, représentant un taux de chômage de 7,3 % de la population active.

Définition et cadre conceptuel

Le marché du travail peut être analysé comme le lieu, réel ou abstrait, où se confrontent les décisions d'offre de travail des ménages et les décisions de demande de travail des entreprises et administrations. La rencontre de ces deux flux détermine à la fois le volume d'emploi et le niveau des salaires. Ce marché est structuré par un cadre légal — Code du travail, conventions collectives, négociations collectives — et animé par des acteurs institutionnels spécialisés.

Caractéristiques distinctives

Le marché du travail se différencie des marchés de biens ordinaires sur plusieurs points fondamentaux :

  • Indissociabilité : le travail est inséparable de la personne qui le fournit, introduisant des dimensions relationnelles, psychologiques et sanitaires absentes des marchés de biens.
  • Durabilité de la relation : la relation d'emploi s'inscrit dans le temps via un contrat de travail, soumis à des règles protectrices spécifiques.
  • Asymétrie d'information : les employeurs ignorent ex ante la productivité effective des candidats ; les candidats ignorent la totalité des offres d'emploi disponibles, notamment celles relevant du marché caché de l'emploi.
  • Rigidités institutionnelles : le SMIC, les délais de préavis, les coûts de licenciement et la durée légale du travail empêchent l'ajustement instantané de l'équilibre offre-demande.

Théories économiques

Trois grands courants théoriques analysent le fonctionnement du marché du travail :

  • Théorie néoclassique : le salaire s'ajuste jusqu'à l'égalisation de l'offre et de la demande. Le chômage résiduel est « frictionnel » (délais de recherche d'emploi) ou « volontaire » (refus d'emplois au salaire d'équilibre). La productivité marginale du travail détermine le niveau de la demande.
  • Théorie keynésienne : la demande de travail est dérivée de la demande de biens et services finals. En cas d'insuffisance de demande effective, un chômage involontaire peut subsister durablement, justifiant des politiques publiques de soutien à l'activité.
  • Théorie institutionnaliste : les salaires et les conditions d'emploi résultent de rapports de pouvoir, de normes sociales et de conventions. Peter Doeringer et Michael Piore ont théorisé dans les années 1970 la dualité entre un marché primaire (emplois stables, qualifiés, bien rémunérés) et un marché secondaire (emplois précaires, forte rotation), alimentant les analyses du chômage structurel.

Population active et offre de travail

La population active comprend l'ensemble des personnes en emploi et des chômeurs au sens du BIT. En France, elle atteignait 30,3 millions de personnes au premier trimestre 2024 selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), avec un taux d'activité de 73,6 % pour la population âgée de 15 à 64 ans.

L'offre de travail dépend de plusieurs facteurs :

  • Démographiques : taille, structure par âge et niveau d'éducation de la population en âge de travailler.
  • Institutionnels : âge légal de départ à la retraite (64 ans depuis la réforme d'avril 2023), durée légale du travail (35 heures hebdomadaires depuis 2000).
  • Économiques : niveau des salaires et revenus alternatifs. L'allocation de retour à l'emploi (ARE) et le RSA constituent des revenus de remplacement qui influencent les arbitrages entre emploi et non-emploi.
  • Qualitatifs : l'employabilité des actifs, déterminée par leurs qualifications, leur formation professionnelle continue et leur expérience professionnelle.

Demande de travail

La demande de travail est une demande dérivée : elle dépend de la demande de biens et services que produisent les travailleurs. Son volume est principalement déterminé par le coût du travail — salaire brut augmenté des cotisations patronales — rapporté à la productivité du travail attendue.

En France, le coût total d'un salarié payé au SMIC s'établissait à environ 1,6 fois le salaire net perçu en 2024, compte tenu des exonérations de cotisations patronales applicables aux bas salaires (allégements dits généraux).

La structure des embauches traduit la recherche de flexibilité : en 2024, les CDD représentaient 80 à 85 % des nouvelles embauches, contre 15 à 20 % de CDI. Le recours aux contrats en alternance, aux travailleurs indépendants et aux auto-entrepreneurs constitue une autre réponse à cette recherche de flexibilité.

Indicateurs statistiques

Le marché du travail est mesuré par un ensemble d'indicateurs standardisés au niveau international, définis notamment par le BIT et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) :

Indicateur Définition Valeur France (2024)
Taux de chômage (BIT) Chômeurs / Population active 7,3 % (T4 2024)
Taux d'emploi Personnes en emploi / Population 15-64 ans 68,2 % (T3 2024)
Taux d'activité Population active / Population 15-64 ans 73,6 % (T1 2024)
Taux de chômage de longue durée Chômeurs depuis plus de 12 mois / Population active ~2,5 %
Taux de sous-emploi Temps partiel subi et inactifs disponibles ~5,5 %

Le salaire médian s'élevait à 1 940 € nets mensuels en France en 2022 selon l'INSEE. Le SMIC net mensuel atteignait 1 383 € au 1er janvier 2024, puis 1 398 € au 1er novembre 2024, soit environ 72 % du salaire médian.

Formes d'emploi et contrats

Emploi salarié

Le CDI constitue la norme juridique de la relation salariale. Il représentait 87 % du stock d'emplois salariés en France en 2024, mais seulement 15 à 20 % des nouvelles embauches, les flux étant dominés par les CDD de très courte durée (moins d'un mois pour plus de 70 % des CDD conclus en 2022).

L'alternance — regroupant le contrat d'apprentissage et le contrat de professionnalisation — a connu une expansion significative depuis la loi du 5 septembre 2018 dite « Avenir professionnel » : le nombre de nouveaux contrats d'apprentissage est passé de 300 000 en 2017 à 980 000 en 2022, puis à plus d'un million en 2023.

Travail indépendant

Les travailleurs indépendants et auto-entrepreneurs représentaient 4,3 millions de personnes en France en 2023, soit environ 14 % de l'emploi total. Le régime d'auto-entrepreneur, créé par la loi du 4 août 2008 et opérationnel depuis le 1er janvier 2009, a simplifié l'accès au travail indépendant en réduisant les formalités administratives et fiscales. Les débats sur la requalification des travailleurs de plateformes numériques (livraison, VTC) en salariés ont conduit à l'adoption de la directive européenne du 28 février 2024 sur le travail via plateformes.

Acteurs et institutions

Pouvoirs publics

Le ministère du Travail définit la politique nationale de l'emploi, élabore le droit du travail et encadre les négociations collectives interprofessionnelles. Il supervise la fixation annuelle du SMIC sur recommandation du Groupe d'experts indépendants.

France Travail (dénommé Pôle emploi jusqu'au 1er janvier 2024) est l'opérateur public du service public de l'emploi. En 2024, il gérait 5,4 millions d'inscrits en catégorie A (sans emploi, tenus de rechercher activement un emploi), versait l'ARE à environ 2,6 millions d'allocataires et proposait des prestations d'accompagnement à la reconversion et à la formation professionnelle. La loi du 18 décembre 2023 a élargi ses missions à l'accompagnement renforcé des bénéficiaires du RSA.

Partenaires sociaux

Les organisations syndicales de salariés (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC) et d'employeurs (MEDEF, CPME, U2P) participent à la négociation collective et à la gestion paritaire de plusieurs dispositifs :

Politiques de l'emploi

Politiques actives

Les politiques actives de l'emploi visent à accroître l'employabilité des demandeurs d'emploi et à faciliter la mise en relation offre-demande. En France, elles mobilisent notamment :

  • Le CPF : chaque actif accumule annuellement 500 € de droits à formation (plafonnés à 5 000 €, ou 800 €/an et 8 000 € de plafond pour les non-qualifiés), mobilisables de manière autonome sans accord de l'employeur.
  • La VAE : permet d'obtenir une certification professionnelle en faisant valider des compétences acquises hors formation formelle. En 2022, environ 30 000 certifications ont été délivrées par ce biais.
  • Le bilan de compétences : prestation d'analyse des aptitudes et motivations pour construire un projet de reconversion professionnelle ou de mobilité professionnelle.

Politiques passives

L'ARE constitue le principal dispositif passif. Elle est calculée comme un pourcentage du salaire journalier de référence (entre 57 % et 75 % selon le niveau de salaire), pour une durée maximale de 24 mois (36 mois pour les demandeurs d'emploi de 53 ans et plus). La réforme de l'assurance chômage de 2023 a instauré une dégressivité accélérée pour les hauts revenus à partir du septième mois d'indemnisation.

Les minima sociaux, notamment le RSA (635,71 € mensuels pour une personne seule au 1er avril 2024), constituent un filet de sécurité pour les personnes dont les droits à l'ARE sont épuisés ou qui n'y sont pas éligibles.

Inégalités structurelles

Discrimination à l'embauche

La discrimination à l'embauche est documentée par des études de testing répétées. Des travaux du Défenseur des droits indiquent que des candidats portant un patronyme à consonance maghrébine reçoivent en moyenne 30 % de rappels en moins que des candidats aux qualifications identiques, toutes choses égales par ailleurs. La discrimination fondée sur l'origine, le sexe, l'âge, le lieu de résidence ou le handicap est pénalement sanctionnée par l'article L. 1132-1 du code du travail, avec des peines pouvant aller jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.

Inégalités femmes-hommes

L'écart de salaire horaire moyen entre femmes et hommes atteignait 16,8 % en France en 2022 selon Eurostat. Cet écart se décompose entre un effet de ségrégation sectorielle et professionnelle (les femmes sont surreprésentées dans des secteurs historiquement moins rémunérés), un effet de temps partiel subi plus fréquent (les femmes occupent 80 % des emplois à temps partiel), et un écart résiduel à poste et qualification comparables estimé entre 5 et 9 %. La loi du 5 septembre 2018 a imposé aux entreprises de plus de 50 salariés le calcul et la publication annuelle d'un index d'égalité professionnelle, avec obligation de mesures correctives si le score est inférieur à 75 points sur 100.

Mutations contemporaines

Automatisation et intelligence artificielle

Les travaux de Carl Benedikt Frey et Michael Osborne (université d'Oxford, 2013) estimaient que 47 % des emplois américains étaient exposés à l'automatisation dans les vingt années suivantes. Des travaux de l'OCDE (2016, 2018) ont nuancé cette évaluation en distinguant tâches automatisables et emplois entièrement substituables, aboutissant à une estimation de 14 % d'emplois hautement automatisables dans les pays développés.

La diffusion des outils d'intelligence artificielle générative depuis 2022 a élargi ce risque aux professions intellectuelles — traduction, analyse juridique, comptabilité, développement informatique — modifiant le profil des métiers d'avenir et accentuant la demande de reconversion professionnelle et de formation professionnelle continue.

Métiers en tension et pénuries de compétences

Les métiers en tension sont des professions où les offres d'emploi non pourvues dépassent structurellement le nombre de candidats disponibles. En France en 2023-2024, France Travail identifiait parmi les métiers les plus en tension : aide à domicile et aide ménagère, conducteur de véhicules de transport, maçon, électricien, aide-soignant, développeur informatique et soudeur. Ces pénuries résultent de combinaisons entre faible attractivité salariale, conditions de travail difficiles et inadéquation de la formation initiale et continue.

Flexisécurité

Le modèle de flexisécurité, élaboré au Danemark depuis les années 1990, articule trois composantes : flexibilité du marché du travail (facilité d'embauche et coût de licenciement réduit), indemnisation généreuse du chômage (jusqu'à 90 % du salaire antérieur pendant deux ans au Danemark), et politiques actives intensives de retour à l'emploi. Ce modèle a inspiré plusieurs réformes européennes, dont les ordonnances Travail de septembre 2017 en France, qui ont élargi les possibilités de négociation collective au niveau de l'entreprise et renforcé la sécurisation des parcours via la VAE et le CPF.

Voir aussi