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Constructeur bois

De Competences-metiers wiki

Un constructeur bois est un professionnel du secteur du bâtiment spécialisé dans la conception, la fabrication et la mise en œuvre de structures porteuses et d'ouvrages en bois, qu'il s'agisse de maisons individuelles, de bâtiments collectifs, de constructions agricoles ou industrielles. Présent à toutes les étapes d'un chantier — de l'étude du dossier technique à la livraison — il maîtrise à la fois les techniques artisanales traditionnelles et les procédés industriels modernes. En France, ce métier s'inscrit dans la filière forêt-bois-construction et connaît une dynamique de recrutement soutenue depuis le début des années 2010, en lien avec les exigences environnementales croissantes pesant sur le secteur du bâtiment.

Définition et périmètre du métier

Le constructeur bois intervient sur des ouvrages de nature variée : maisons individuelles à ossature bois, extensions, surélévations, bâtiments d'activité, équipements publics (écoles, gymnases, médiathèques) et ouvrages de génie civil léger. Il se distingue du charpentier traditionnel par l'étendue de ses responsabilités : là où le charpentier réalise principalement la charpente de couverture, le constructeur bois prend en charge la totalité de l'enveloppe structurelle du bâtiment, depuis les fondations jusqu'au second œuvre bois.

La profession recouvre plusieurs réalités selon la taille de l'entreprise et le type de marché :

  • Construction à ossature bois (COB) : système de panneaux porteurs composés de montants et lisses en bois résineux, isolés et contreventés, normé par le DTU 31.2 ;
  • Maison en bois massif empilé (pièce sur pièce ou madriers) : assemblage horizontal de pièces calibrées, technique issue des traditions scandinave et alpine ;
  • Bois massif contrecollé (CLT, Cross Laminated Timber) : dalles multicouches de bois massif croisées, utilisées pour les planchers et les murs de bâtiments R+3 et plus ;
  • Bois lamellé-collé (BLC) : poutres et portiques fabriqués par collage sous pression de lamelles de bois, permettant des portées structurelles jusqu'à 80 mètres.

En 2022, la construction bois représentait 13,4 % des mises en chantier de maisons individuelles en France, contre 5,8 % en 2010, selon les données de l'FCBA (Institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement).

Techniques et matériaux

Ossature bois

L'ossature bois (COB) est la technique dominante en France pour les constructions bois neuves. Elle repose sur un squelette de montants en bois résineux (pin sylvestre, épicéa de classe C18 ou C24 selon EN 338) espacés de 40 à 60 cm, solidarisés par des lisses basses et hautes, puis contreventés par des panneaux dérivés du bois (OSB, contreplaqué) ou des diagonales métalliques. La préfabrication en atelier est largement répandue : les panneaux de mur, planchers et toitures sont assemblés sur des tables de montage, ce qui réduit les délais de chantier. La mise hors d'eau d'une maison individuelle en ossature bois peut ainsi être réalisée en 2 à 5 jours après pose des fondations.

Bois massif et matériaux structuraux

Le bois lamellé-collé (BLC), normé EN 14080, est utilisé pour les structures de grande portée : gymnases, hangars, passerelles piétonnes. Il permet des sections transversales réduites par rapport au bois massif pour une résistance mécanique équivalente. Des essences indigènes (douglas, mélèze, chêne) y sont de plus en plus utilisées en substitution à l'épicéa importé.

Le bois massif contrecollé (CLT), normé EN 16351, constitue la principale innovation structurelle de la filière depuis les années 2000. Chaque couche est croisée à 90° par rapport à la précédente, conférant au panneau une résistance mécanique dans les deux directions. Il est désormais utilisé pour des constructions de grande hauteur : la tour Brock Commons (Vancouver, 53 m, 2017) et la tour HoHo (Vienne, 84 m, 2019) en sont des exemples emblématiques.

Performances environnementales

Depuis l'entrée en vigueur de la réglementation environnementale 2020 (RE 2020) le 1er janvier 2022, les constructions neuves en France sont soumises à des seuils d'émissions de gaz à effet de serre sur le cycle de vie du bâtiment (indicateur Ic construction). Le bois, matériau biosourcé à bilan carbone négatif (le carbone atmosphérique est stocké dans la structure), confère aux constructions bois un avantage compétitif face aux structures béton ou acier. Un mètre cube de bois stocke en moyenne 0,9 tonne de CO₂. La construction bois s'inscrit ainsi pleinement dans la dynamique de l'écoconstruction.

Formation et qualifications

Formations initiales

Plusieurs parcours diplômants mènent au métier de constructeur bois :

Diplôme Niveau Durée Voie d'accès
CAP Charpentier bois Niveau 3 2 ans Après 3e, en lycée pro ou CFA
Bac Pro Technicien constructeur bois Niveau 4 3 ans (ou 2 ans après CAP) Lycée professionnel, CFA
BTS Développement et réalisation bois Niveau 5 2 ans Après Bac, lycée technologique ou CFA
Licence Pro Bâtiment et construction — spécialité bois Niveau 6 1 an Après BTS ou DUT
Titre professionnel Constructeur bois (RNCP) Niveau 4 6 à 12 mois Formation continue, adultes en reconversion

Le Bac Pro Technicien constructeur bois, créé par arrêté du 11 juillet 2011, est la voie de référence pour l'accès direct au marché du travail. Il couvre la lecture de plans, le tracé, le taillage, le montage et la mise en œuvre des ouvrages bois, ainsi que la programmation et l'utilisation des machines à commande numérique (MOCN) présentes dans les ateliers de préfabrication modernes.

Le BTS Développement et réalisation bois, réformé en 2014, prépare à des fonctions de technicien supérieur : métrés, chiffrage, suivi de chantier, coordination avec le conducteur de travaux et le dessinateur-projeteur en bureau d'études.

Formation continue et reconversion

Les professionnels souhaitant se reconvertir vers la construction bois disposent de plusieurs dispositifs publics :

  • La validation des acquis de l'expérience (VAE) permet d'obtenir tout ou partie d'un diplôme à partir d'une expérience professionnelle de 12 mois minimum dans le secteur du bâtiment ;
  • Le compte personnel de formation (CPF) finance les formations certifiantes inscrites au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ;
  • Le dispositif Transition Pro (anciennement CIF) couvre les formations longues pour les salariés en reconversion, notamment le Bac Pro TCB suivi en 2 ans ;
  • Les formations courtes professionnelles de l'FCBA couvrent des modules spécifiques : pose de bardage bois, étanchéité à l'air (test Blower Door), calcul de structures selon le DTU 31.2, utilisation des logiciels BIM bois.

La formation professionnelle dans la filière bois bénéficie également du soutien de l'OPCO Constructys (opérateur de compétences de la construction), qui cofinance les contrats d'apprentissage et de professionnalisation.

Compétences requises

Compétences techniques

  • Lecture et interprétation de plans d'architecte et de plans d'exécution en bureau d'études ;
  • Tracé et taille des pièces de charpente (épure, trait de charpente) en atelier ou sur chantier ;
  • Maîtrise des DTU de la série 31 (DTU 31.1 charpente et escaliers en bois, DTU 31.2 ossature bois, DTU 31.4 façades à ossature bois) ;
  • Connaissance des essences de bois et de leurs classes de résistance mécanique (C18, C24, D35 selon EN 338) et des classes d'emploi (CE1 à CE5 selon EN 335) ;
  • Utilisation des logiciels de dessin assisté par ordinateur et de modélisation (AutoCAD, Cadwork, WoodEngine, logiciels BIM) ;
  • Mise en œuvre des pare-vapeur, membranes d'étanchéité à l'air et frein-vapeur (valeur Sd ≥ 18 m pour un pare-vapeur standard) ;
  • Dimensionnement simplifié des sections de bois selon l'Eurocode 5 (EN 1995-1-1), norme de référence depuis 2010 en France.

Compétences organisationnelles

  • Coordination avec les autres corps d'état : électriciens, plombiers, couvreurs ;
  • Gestion des approvisionnements en tenant compte des délais de séchage du bois (taux d'humidité cible : 18 % pour bois de charpente, 12 % pour bois d'ossature en atelier) ;
  • Respect des normes de sécurité sur les chantiers en hauteur (port du harnais, échafaudages, arrimage des charges de levage) ;
  • Capacité à travailler à partir d'un planning de chantier et à anticiper les interfaces avec les autres entreprises.

Environnement de travail et statut professionnel

Le constructeur bois exerce principalement au sein d'entreprises de construction bois (charpentiers-constructeurs, constructeurs de maisons bois clés en main) ou dans des entreprises généralistes du bâtiment. En France, la filière compte environ 3 200 entreprises spécialisées dans la construction bois, dont 78 % emploient moins de 10 salariés (Observatoire de la filière forêt-bois, 2023).

Il peut exercer sous différents statuts :

  • Salarié d'une entreprise artisanale ou industrielle, statut le plus fréquent parmi les actifs du secteur ;
  • Auto-entrepreneur pour des missions ponctuelles de pose ou de taillage, dans la limite des plafonds de chiffre d'affaires BIC (77 700 € en 2024) ;
  • Chef d'entreprise individuelle ou gérant de SARL, avec obligation de souscrire une assurance décennale couvrant les dommages structurels pendant 10 ans dès l'ouverture des chantiers.

Le travail alterne entre atelier et chantier. La préfabrication des murs, planchers et toitures se réalise sous abri sur des tables de montage, à partir des plans d'exécution issus du BIM. Le chantier proprement dit se limite souvent à l'assemblage, au levage par grue mobile ou chariot télescopique, et aux finitions (bardage, fenêtres, étanchéité).

Rémunération

La rémunération varie selon le niveau de qualification, la région et l'ancienneté. Les données ci-dessous reflètent les pratiques constatées en France métropolitaine en 2024 :

Profil Salaire brut mensuel estimé
Ouvrier compagnon (CAP, 0-3 ans d'expérience) 1 800 € – 2 100 €
Chef d'équipe (Bac Pro, 3-7 ans) 2 200 € – 2 700 €
Technicien de chantier / conducteur de travaux junior (BTS, >5 ans) 2 800 € – 3 500 €
Chef de chantier senior ou responsable technique 3 500 € – 4 500 €

Les salaires sont encadrés par la convention collective nationale des ouvriers du bâtiment (IDCC 1597 pour les entreprises de moins de 10 salariés, IDCC 1596 pour les entreprises de 10 salariés et plus). Des primes de déplacement, indemnités de grand déplacement et paniers repas s'ajoutent généralement au salaire de base, en particulier pour les chantiers éloignés du dépôt de l'entreprise.

Débouchés et évolutions de carrière

Marché du travail

Le métier de constructeur bois figure dans la liste des métiers en tension publiée par France Travail depuis 2021. Le doublement de la part de marché de la construction bois entre 2010 et 2022 dans les mises en chantier de maisons individuelles s'accompagne d'une pénurie structurelle de compagnons qualifiés, en particulier de charpentiers-monteurs et de techniciens de bureau d'études bois. Les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne et Nouvelle-Aquitaine concentrent la majorité des entreprises spécialisées, en lien avec la disponibilité de la ressource forestière locale.

Le secteur est également porté par les marchés de la rénovation énergétique (surélévations d'immeubles en bois, isolation par l'extérieur à ossature bois) et des constructions modulaires préfabriquées.

Perspectives d'évolution

Un constructeur bois expérimenté peut évoluer vers plusieurs fonctions :

  • Chef de chantier puis conducteur de travaux dans une entreprise de construction bois de taille moyenne ou grande ;
  • Dessinateur-projeteur en bureau d'études bois, après une formation complémentaire en CAO/DAO (Cadwork, logiciels Arbo) ;
  • Formateur dans un CFA ou un lycée professionnel spécialisé bois-construction ;
  • Créateur d'une entreprise artisanale dans le secteur de l'écoconstruction (construction paille, chanvre banché, terre-paille), en collaboration avec un architecte spécialisé.

La formation continue joue un rôle clé dans ces évolutions : des modules de management de chantier, de chiffrage et de gestion de projet permettent aux ouvriers qualifiés d'accéder à des postes d'encadrement sans nécessairement passer par une formation diplômante longue.

Réglementation et obligations

Normes applicables

La construction bois en France est encadrée par plusieurs Documents Techniques Unifiés (DTU) publiés par le CSTB :

  • DTU 31.1 (NF P 21-203) : charpente et escaliers en bois ;
  • DTU 31.2 (NF P 21-204, édition 2011) : maisons et bâtiments à ossature bois, norme de référence pour la COB ;
  • DTU 31.3 : structures en bois lamellé-collé ;
  • DTU 31.4 : façades à ossature bois ;
  • Eurocode 5 (EN 1995-1-1) : calcul des structures en bois, applicable depuis 2010 en France.

La réglementation environnementale 2020 (RE 2020), entrée en vigueur pour les maisons individuelles et les logements collectifs le 1er janvier 2022, introduit pour la première fois en France une exigence sur l'impact carbone des matériaux de construction (indicateur Ic construction). Les constructions à ossature bois ou en CLT bénéficient structurellement d'un avantage sur cet indicateur.

Responsabilité décennale

Le constructeur bois qui réalise ou fait réaliser des ouvrages est soumis à la garantie décennale (articles 1792 et suivants du Code civil), qui couvre pendant 10 ans à compter de la réception des travaux tout désordre compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination. La souscription d'une assurance décennale avant l'ouverture de tout chantier est obligatoire pour tout entrepreneur du bâtiment, sous peine d'engagement de la responsabilité pénale.

La qualification Qualibat (référentiel 2111 « Charpente bois traditionnelle », 2112 « Charpente bois industrielle », 2131 « Construction bois ») atteste du niveau technique de l'entreprise et est fréquemment exigée dans les appels d'offres de la commande publique.

Reconversion vers le métier de constructeur bois

La construction bois est un secteur accessible à la reconversion professionnelle, y compris pour des personnes sans expérience préalable dans le bâtiment. Plusieurs profils se reconvertissent régulièrement :

  • Salariés du secteur industriel (menuiserie, chaudronnerie, usinage) qui maîtrisent la lecture de plans et la culture technique de précision ;
  • Professionnels du bâtiment traditionnel — maçons, couvreurs — en quête d'une spécialisation valorisante et d'une diversification vers des chantiers à haute valeur environnementale ;
  • Personnes en reconversion après 50 ans, attirées par la dimension artisanale, la visibilité des réalisations et les perspectives d'emploi du secteur.

Le bilan de compétences est un outil préalable utile pour évaluer la faisabilité du projet avant d'engager une formation longue. Les compétences transférables les plus valorisées sont : la lecture de plans techniques, la maîtrise des outils de coupe manuels et mécaniques, la rigueur métrologique et la capacité à travailler en hauteur.

La reconversion sans diplôme est possible via le titre professionnel Constructeur bois (RNCP niveau 4), accessible en formation accélérée de 6 à 12 mois dans les centres agréés par le ministère du Travail. Ce titre peut être financé intégralement via le CPF ou le dispositif Transition Pro selon la situation du candidat.