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INRAE

De Competences-metiers wiki

L'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) est un établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST) français, créé le 1er janvier 2020 par la fusion de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) et de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (IRSTEA). Premier organisme de recherche agronomique en Europe et deuxième au niveau mondial dans son domaine, INRAE regroupe environ 12 000 agents répartis dans 18 centres régionaux et plus de 200 unités de recherche présentes sur l'ensemble du territoire français. Ses travaux couvrent les interactions entre systèmes agricoles, productions alimentaires et environnement, dans un contexte de transition agroécologique et de dérèglement climatique.

Histoire

L'INRA : de la reconstruction à la durabilité

L'INRA est fondé par décret le 18 juin 1946, dans le cadre de la politique de modernisation agricole de l'après-guerre. Sa mission initiale consiste à accroître la productivité des exploitations françaises par la recherche en génétique végétale et animale, en agronomie et en zootechnie. À partir des années 1980, ses priorités s'élargissent progressivement à la qualité des aliments, à la protection de l'environnement rural et à la conception de systèmes de production plus durables. L'INRA devient l'un des organismes pionniers en matière d'agroécologie en France, notamment à travers ses expérimentations sur la réduction des intrants chimiques et le développement du biocontrôle.

Le CEMAGREF et l'IRSTEA : les sciences de l'environnement

Le Centre national du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et des forêts (CEMAGREF) est créé en 1981. Rebaptisé IRSTEA en 2012, cet établissement se spécialise dans les sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture : gestion des ressources en eau, modélisation des risques naturels (crues, étiages), qualité des milieux aquatiques et gestion durable des écosystèmes forestiers (voir Sylviculture). L'IRSTEA compte à la veille de la fusion environ 1 800 agents et 25 unités de recherche.

Fusion et création d'INRAE (2020)

Le rapprochement entre l'INRA et l'IRSTEA est annoncé officiellement en 2018 par les ministères de tutelle dans le cadre d'une politique nationale de rationalisation des organismes de recherche. La fusion prend effet au 1er janvier 2020, donnant naissance à INRAE sous la présidence de Philippe Mauguin, qui dirigeait l'INRA depuis 2016. L'objectif affiché est de renforcer les synergies entre recherche agronomique et sciences de l'environnement pour répondre aux grands défis du XXIe siècle : sécurité alimentaire mondiale, adaptation de l'agriculture au changement climatique et préservation de la biodiversité.

Organisation

Gouvernance

INRAE est placé sous la double tutelle du ministère chargé de la Recherche et du ministère chargé de l'Agriculture. L'établissement est administré par un conseil d'administration, éclairé par un conseil scientifique et un comité de l'éthique et de la déontologie. Le président-directeur général est nommé par décret en conseil des ministres pour un mandat de quatre ans renouvelable.

Implantations territoriales

L'institut dispose de 18 centres régionaux en métropole, complétés par des implantations dans les territoires d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion). Les centres les plus importants se trouvent à Versailles-Grignon (Île-de-France), Bordeaux-Nouvelle-Aquitaine, Toulouse-Occitanie, Rennes-Bretagne-Normandie, Dijon-Bourgogne-Franche-Comté, Montpellier-Languedoc-Roussillon et Clermont-Auvergne-Rhône-Alpes. Ce maillage territorial permet d'ancrer les travaux dans les diversités pédoclimatiques régionales et de tisser des partenariats avec les chambres d'agriculture, les coopératives agricoles et les instituts techniques.

Effectifs et budget

Indicateur Valeur (2023)
Agents (effectif total) ≈ 12 000
Chercheurs et directeurs de recherche ≈ 3 500
Ingénieurs et techniciens ≈ 8 500
Unités de recherche > 200
Centres régionaux 18
Doctorants accueillis par an ≈ 1 500
Publications scientifiques annuelles ≈ 5 000
Budget total ≈ 1 milliard €
Brevets actifs (portefeuille) > 700

Missions

Les statuts d'INRAE définissent trois grandes missions :

  • Produire des connaissances scientifiques fondamentales et appliquées dans les champs de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement ;
  • Former à la recherche et par la recherche, notamment en accueillant des doctorants et en co-encadrant des masters spécialisés ;
  • Contribuer au débat public et à l'expertise collective, en répondant aux demandes des pouvoirs publics, des agences sanitaires et des instances européennes.

La feuille de route stratégique « INRAE 2030 », publiée en 2021, structure les priorités autour de quatre transitions : agroécologique, alimentaire, énergétique et numérique.

Domaines scientifiques

Alimentation et systèmes alimentaires

La recherche sur l'alimentation durable constitue un pilier majeur d'INRAE. Les équipes travaillent sur la qualité nutritionnelle des aliments, la sécurité microbiologique, la réduction des pertes post-récolte, et la compréhension des comportements alimentaires. L'institut gère plusieurs plateformes analytiques de haut niveau : métabolomique, lipidomique, microbiome intestinal et rhizosphérique. Des études longitudinales portent sur le lien entre régimes alimentaires, santé humaine et empreinte environnementale des systèmes de production.

Agroécologie et gestion des intrants

L'Agroécologie représente un axe structurant de la programmation scientifique d'INRAE. Les travaux portent sur la conception de systèmes de culture combinant performance économique et réduction des intrants de synthèse, en lien direct avec le Plan Écophyto. La Protection intégrée des cultures (PIC) et le Biocontrôle font l'objet de programmes de recherche spécifiques : développement de micro-organismes antagonistes, de macroorganismes auxiliaires et de substances naturelles à action phytosanitaire. Ces résultats alimentent les filières de maraîchage, de viticulture, d'arboriculture et d'horticulture.

Des collaborations avec les chambres d'agriculture et les réseaux d'agriculteurs biologiques permettent l'expérimentation en conditions réelles et le transfert vers les exploitations. INRAE contribue également à évaluer l'impact environnemental des produits de protection phytosanitaire dans le cadre d'expertises demandées par l'Anses.

Biodiversité, génomique et sélection variétale

INRAE est l'un des acteurs majeurs de la Sélection variétale en Europe. L'institut gère plus de 13 ressources biologiques collectives : collections de micro-organismes fermentaires et phytopathogènes, conservatoires de semences de plantes cultivées et sauvages, lignées animales de référence. La génomique fonctionnelle et la bioinformatique permettent d'identifier des gènes impliqués dans la tolérance à la sécheresse, à la chaleur et aux agents pathogènes chez les plantes cultivées.

Des programmes de recherche importants portent sur les insectes pollinisateurs, en particulier l'abeille domestique, pour comprendre les effets des pesticides, des pathogènes (Varroa destructor, Nosema ceranae) et des pratiques d'apiculture sur la santé des colonies. Ces travaux éclairent directement les décisions réglementaires relatives aux néonicotinoïdes.

Élevage et zootechnie

La recherche en productions animales englobe l'élevage bovin, les systèmes d'élevage allaitant, la nutrition et la santé animales, la génétique des races locales et le bien-être animal. INRAE conduit des expérimentations sur la réduction des émissions de méthane entérique en élevage ruminant — les bovins émettant en France environ 11,5 millions de tonnes équivalent CO₂ par an —, en testant des additifs alimentaires, des modifications de ration et des pratiques de pâturage alternatif.

Environnement, eau et forêts

Hérité de l'IRSTEA, le domaine environnemental couvre la gestion quantitative et qualitative des ressources en eau, la modélisation hydrologique des bassins versants, les risques de crues et d'étiages, ainsi que la gestion durable des écosystèmes forestiers (voir sylviculture). INRAE contribue à l'évaluation de l'impact du changement climatique sur la phénologie des cultures, les rendements et la disponibilité des ressources en eau pour l'agriculture de précision.

Numérique et agriculture de précision

INRAE s'implique activement dans le développement de l'agriculture de précision : capteurs embarqués sur tracteurs et drones agricoles, modèles de simulation de la croissance des cultures (STICS, RECORD), systèmes d'aide à la décision pour la fertilisation et l'irrigation, et intelligence artificielle appliquée à la détection précoce de maladies foliaires par analyse d'images.

Partenariats avec l'enseignement supérieur

INRAE structure ses collaborations académiques au travers des unités mixtes de recherche (UMR), structures cogérées entre l'EPST et un établissement d'enseignement supérieur. Les principaux partenaires sont AgroParisTech, l'Institut Agro (né en 2020 de la fusion d'Agrocampus Ouest et de Montpellier SupAgro), les universités de Bordeaux, Rennes, Toulouse, Clermont-Ferrand et Paris-Saclay, ainsi que d'autres organismes comme le CNRS, l'INSERM et le CEA.

Ces partenariats définissent le cadre de formation des futurs ingénieurs agronomes et des docteurs en sciences agronomiques et environnementales. INRAE accueille chaque année environ 1 500 doctorants et entretient des liens avec les lycées agricoles pour les stages de sensibilisation à la recherche.

Valorisation et transfert de technologie

La valorisation des résultats de recherche s'opère par plusieurs vecteurs :

  • Les licences de brevets concédées à des entreprises agroalimentaires, semencières, phytosanitaires et biotechnologiques ;
  • La création d'entreprises dérivées (spin-offs) : plus de 120 start-ups issues de la recherche d'INRAE depuis 2020, dans des domaines allant du biocontrôle à la fermentation de précision ;
  • Les partenariats structurés avec les instituts techniques agricoles (Arvalis, Terres Inovia, CTIFL, Idele) pour le transfert vers les filières professionnelles ;
  • La participation aux pôles de compétitivité (Vitagora, Aquimer, Céréales Vallée) et aux initiatives de recherche et d'innovation.

Rôle dans les politiques publiques et l'expertise

INRAE est régulièrement mandaté pour produire des expertises collectives sur des sujets sensibles : évaluation des risques liés aux néonicotinoïdes pour les pollinisateurs, bilan scientifique du Plan Écophyto, analyse des trajectoires vers des systèmes alimentaires durables, évaluation des pratiques de gestion des sols en partenariat avec les SAFER. Ces exercices mobilisent des équipes pluridisciplinaires et alimentent les décisions réglementaires nationales et communautaires.

À l'échelle européenne, INRAE coordonne ou participe à de nombreux projets du programme-cadre Horizon Europe (2021-2027), notamment dans les missions thématiques « Sol » et « Alimentation, bioéconomie, ressources naturelles, agriculture et environnement ». L'institut est également membre fondateur de plusieurs alliances européennes de recherche (CGIAR, ERA-NETS, FACCE-JPI) dédiées à la sécurité alimentaire mondiale et à l'adaptation au changement climatique.