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Biocontrôle

De Competences-metiers wiki
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Le biocontrôle désigne l'ensemble des méthodes de protection des végétaux fondées sur l'utilisation de mécanismes naturels : macro-organismes prédateurs ou parasitoïdes, micro-organismes pathogènes des ravageurs, médiateurs chimiques d'origine biologique et substances naturelles. En France, le cadre légal est posé par la loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt (article L. 253-6 du Code rural et de la pêche maritime), qui reconnaît ces méthodes comme alternative ou complément aux pesticides de synthèse. Le biocontrôle constitue l'un des leviers principaux du Plan Écophyto, programme national visant une réduction de 50 % de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques d'ici 2030.

Définition et cadre réglementaire

Périmètre légal en France

La loi de 2014 identifie quatre familles de produits et agents de biocontrôle :

  • les macro-organismes (insectes, acariens prédateurs ou parasitoïdes) ;
  • les micro-organismes (bactéries, champignons, virus entomopathogènes, nématodes entomopathogènes) ;
  • les médiateurs chimiques, notamment les phéromones de synthèse ;
  • les substances naturelles d'origine végétale, animale ou minérale.

Au niveau européen, le règlement CE n° 1107/2009 régit l'homologation des produits phytopharmaceutiques, dont relèvent la plupart des agents microbiens. Les macro-organismes bénéficient en France d'une procédure d'autorisation spécifique instruite par le Ministère chargé de l'agriculture (arrêté du 13 novembre 2014). Un produit de biocontrôle reconnu à « faible risque » peut bénéficier d'une procédure d'évaluation accélérée au niveau européen.

Distinction avec l'agriculture biologique

Le biocontrôle ne se confond pas avec l'agriculture biologique : un agent de biocontrôle peut être autorisé en conventionnel sans figurer sur la liste des intrants admis en AB, et inversement. Certains macro-organismes ou substances naturelles sont compatibles avec le cahier des charges de l'agriculture biologique, tandis que d'autres (par exemple certains nématodes formulés avec des conservateurs) ne le sont pas. La protection intégrée des cultures constitue le cadre agronomique dans lequel s'inscrit le plus souvent le recours au biocontrôle en agriculture conventionnelle.

Catégories et mécanismes d'action

Auxiliaires de culture

Les auxiliaires de culture regroupent les organismes vivants introduits ou favorisés pour réguler les populations de ravageurs par prédation ou parasitisme :

  • Insectes parasitoïdes : les trichogrammes (Trichogramma brassicae, T. cacoeciae) pondent leurs œufs dans les œufs de lépidoptères ravageurs (pyrales du maïs Ostrinia nubilalis, tordeuses de la vigne Lobesia botrana). En France, environ 150 000 hectares de maïs sont traités annuellement par lâchers de trichogrammes, produits industriellement par des sociétés comme Biotop ou Koppert.
  • Coccinelles et chrysopes : Adalia bipunctata (coccinelle à deux points) et Chrysoperla carnea (chrysope commune) régulent les pucerons et cochenilles en horticulture sous abri.
  • Acariens prédateurs : Phytoseiulus persimilis contrôle Tetranychus urticae (acarien tétranyque) en cultures de tomate, fraise et concombre sous serre. Aux Pays-Bas, cet auxiliaire est utilisé dans plus de 80 % des serres maraîchères.
  • Nématodes entomopathogènes : Steinernema carpocapsae et Heterorhabditis bacteriophora agissent contre les larves de ravageurs du sol (otiorhynques Otiorhynchus sulcatus, taupins Agriotes spp.).

Micro-organismes

Les agents microbiens représentent environ 40 % du marché mondial du biocontrôle :

  • Bacillus thuringiensis (Bt) : bactérie sporulante produisant des protéines cristallines (Cry) toxiques pour les insectes. La variété kurstaki cible les chenilles de lépidoptères ; la variété israelensis vise les larves de diptères (moustiques, simulies). Les formulations à base de Bt représentaient en 2022 environ 30 % du marché mondial du biocontrôle microbien.
  • Champignons entomopathogènes : Beauveria bassiana et Metarhizium anisopliae infectent les insectes par contact cutané, avec des applications contre les aleurodes, les thrips et les bruches du haricot.
  • Champignons antagonistes : Trichoderma harzianum et T. atroviride s'opposent aux pathogènes telluriques (Botrytis cinerea, Fusarium oxysporum, Pythium ultimum) par compétition et mycoparasitisme.
  • Virus de la granulose : le Cydia pomonella granulovirus (CpGV) est spécifique du carpocapse des pommes et poires et s'utilise depuis les années 1990 en arboriculture fruitière, avec des résultats comparables aux insecticides organophosphorés.

Médiateurs chimiques

Les phéromones de synthèse imitent les signaux chimiques naturels des insectes et se déclinent en deux usages :

  • Piégeage et monitoring : des diffuseurs placés dans des pièges captent les individus mâles et permettent de suivre les fluctuations de population, d'identifier les seuils d'intervention et de raisonner les traitements.
  • Confusion sexuelle : la saturation de l'atmosphère de la parcelle en phéromones femelles désorie les mâles et prévient l'accouplement. En viticulture, cette technique contrôle l'eudémis (Lobesia botrana) et la cochylis (Eupoecilia ambiguella) ; en 2021, environ 60 000 hectares de vignes françaises étaient traités par confusion sexuelle. En arboriculture, le carpocapse (Cydia pomonella) est la cible principale.

Substances naturelles

Diverses substances d'origine naturelle sont homologuées ou autorisées en tant qu'agents de biocontrôle :

  • La laminarine, polysaccharide extrait de l'algue brune Laminaria digitata, stimule les défenses naturelles des plantes (éliciteur de résistance) contre les maladies fongiques en viticulture et maraîchage.
  • Le soufre (fleur de soufre, soufre mouillable) est autorisé en agriculture biologique contre l'oïdium et les acariens.
  • L'huile essentielle d'orange douce (d-limonène) présente une action insecticide de contact sur les pucerons et autres insectes à corps mou.
  • Les acides gras (savon noir, savon insecticide à base de potassium) s'utilisent en maraîchage et en horticulture contre les aleurodes et pucerons.

Applications par filière

Arboriculture et viticulture

L'arboriculture fruitière et la viticulture sont les deux filières les plus avancées en matière de biocontrôle en France. Les pomiculteurs utilisent le CpGV contre le carpocapse depuis les années 1990, avec des programmes de traitement de 8 à 14 applications par saison. En viticulture, la confusion sexuelle et les lâchers de trichogrammes permettent de réduire de 30 à 60 % les insecticides de synthèse selon les données du programme Ecowine. Les vergers en production intégrée ou biologique recourent également aux nématodes contre les taupins et à Trichoderma spp. contre les maladies du bois.

Maraîchage et horticulture

En maraîchage sous serre, l'introduction d'auxiliaires est généralisée depuis les années 1980 : Phytoseiulus persimilis contre les acariens, Encarsia formosa (parasitoïde hyménoptère) contre l'aleurode des serres, Amblyseius cucumeris contre les thrips. En horticulture ornementale, les champignons entomopathogènes et les nématodes traitent les substrats contre les mouches sciarides (Bradysia spp.), ravageurs fréquents en culture hors-sol.

Grandes cultures

En grandes cultures, le recours au biocontrôle reste plus limité qu'en productions spécialisées, en raison des surfaces traitées et des coûts par hectare. Les lâchers de trichogrammes contre la pyrale du maïs constituent l'application la plus répandue en France (environ 150 000 ha/an). Bacillus thuringiensis s'utilise également en pulvérisation foliaire. La sylviculture emploie des nématodes et champignons entomopathogènes contre certains scolytes dans des contextes forestiers spécifiques.

Apiculture

En apiculture, l'acide oxalique (diacide organique présent naturellement dans les plantes) est homologué pour traiter la varroose causée par Varroa destructor, parasite externe de l'abeille domestique. Il est appliqué par dégouttement ou par sublimation sur les colonies sans couvain. Des recherches conduites notamment par l'INRAE portent sur l'utilisation du champignon entomopathogène Metarhizium brunneum, capable de parasiter spécifiquement le varroa sans affecter les abeilles, ouvrant la perspective d'un traitement applicable même en présence de couvain.

Marché et acteurs économiques

Marché mondial et français

Le marché mondial du biocontrôle était estimé à 5,1 milliards de dollars en 2021 par le cabinet MarketsandMarkets, avec un taux de croissance annuel composé de l'ordre de 14 à 16 % sur la période 2021-2026. En France, le marché représentait environ 350 millions d'euros en 2022, soit 8 à 10 % du marché total de la protection des cultures, contre 3 % en 2013. Les principaux fournisseurs sont Koppert Biological Systems (Pays-Bas), Biobest Group (Belgique), Andermatt Biocontrol (Suisse) et BASF/Becker Underwood pour les biopesticides microbiens.

L'IBMA France (association professionnelle des industriels du biocontrôle) regroupe une quarantaine d'entreprises membres et publie annuellement des données de marché. La coopérative agricole joue un rôle croissant de distribution et de conseil pour les solutions de biocontrôle auprès des agriculteurs adhérents.

Recherche publique

L'INRAE (Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement) conduit des programmes de recherche sur la lutte biologique, notamment dans les unités ISA (Interactions Sol-Plante-Atmosphère) et IGEPP (Institut de Génétique, Environnement et Protection des Plantes). L'Institut Agro forme des ingénieurs agronomes spécialisés en protection intégrée et biocontrôle, dans ses différents sites (Montpellier SupAgro, AgroCampus Ouest). Les chambres d'agriculture animent des groupes d'expérimentation régionaux dans le cadre du réseau Dephy Ferme.

Intégration dans les politiques agricoles

Plan Écophyto

Le Plan Écophyto, lancé en 2008 à la suite du Grenelle de l'Environnement, positionne le biocontrôle comme levier central de réduction des phytosanitaires. Le plan Écophyto 2+ (2015) a créé la liste des produits de biocontrôle, permettant une procédure simplifiée d'accès au marché. La révision 2023 (Écophyto 2030) maintient l'objectif de réduction de 50 % avec 2030 comme horizon, en renforçant les aides à la transition vers le biocontrôle via le fonds de structuration.

Certiphyto et formation

L'obtention du Certiphyto (certificat individuel pour les produits phytopharmaceutiques), obligatoire depuis 2014 pour tout utilisateur professionnel, inclut un module sur les méthodes alternatives incluant le biocontrôle. Les produits de biocontrôle à faible risque ne dispensent pas du Certiphyto, mais les formations certifiantes intègrent leur mode d'emploi et leurs spécificités. Les conseillers agricoles et techniciens agricoles doivent maîtriser le diagnostic phytosanitaire pour orienter les prescriptions vers les agents de biocontrôle les plus adaptés.

Agroécologie et infrastructures agro-écologiques

Le biocontrôle constitue l'un des piliers de l'agroécologie telle que définie par la loi de 2014 : réduction des intrants chimiques, maintien des services écosystémiques et conservation de la biodiversité fonctionnelle. Les infrastructures agro-écologiques (IAE) — bandes fleuries, haies bocagères, jachères entomologiques — favorisent les populations d'auxiliaires indigènes (prédateurs généralistes, parasitoïdes) et s'inscrivent dans la gestion et protection de la nature à l'échelle du paysage agricole. La permaculture intègre ces principes dans une conception systémique de l'espace cultivé.

Limites et défis

Malgré une croissance soutenue, le biocontrôle se heurte à plusieurs contraintes structurelles :

  • Efficacité conditionnelle : les auxiliaires vivants sont sensibles aux conditions climatiques (température inférieure à 10 °C ou supérieure à 35 °C, hygrométrie, rayonnement UV), ce qui peut rendre leur efficacité variable en plein champ par rapport aux solutions chimiques.
  • Délai d'action : la plupart des agents de biocontrôle agissent plus lentement que les insecticides conventionnels. Leur usage suppose une surveillance renforcée des parcelles, éventuellement via l'agriculture de précision et la télédétection pour la détection précoce des foyers.
  • Coût unitaire : le prix de revient à l'hectare est généralement supérieur à celui des homologues chimiques, même si la généralisation de la production industrielle d'auxiliaires réduit progressivement cet écart.
  • Spectre étroit : les agents de biocontrôle ciblent souvent un ravageur ou un groupe restreint, nécessitant un diagnostic précis. Cette spécificité est un avantage écologique (absence d'effets non cibles) mais une contrainte opérationnelle pour l'agriculteur.
  • Résistances : des cas de résistance à Bacillus thuringiensis ont été documentés chez Plutella xylostella (teigne des crucifères) et Helicoverpa armigera dans plusieurs régions du monde, soulignant la nécessité de stratégies de gestion de la résistance fondées sur la rotation des modes d'action.

Formation et métiers du biocontrôle

Les formations spécialisées intégrant le biocontrôle se sont diversifiées depuis 2014 :

  • BTS Agricole « Agronomie — productions végétales », « Viticulture-œnologie » et « Productions horticoles » : modules obligatoires de protection phytosanitaire intégrée.
  • Licences professionnelles « Productions végétales » et « Agroécologie et productions biologiques » : enseignements pratiques sur les auxiliaires de culture et les biopesticides.
  • Mastères spécialisés et masters 2 en entomologie appliquée, protection des cultures et agroécologie à l'Institut Agro et dans plusieurs universités.

Les débouchés professionnels incluent les postes de conseiller en biocontrôle dans les chambres d'agriculture, les coopératives agricoles, les négoces agricoles et les entreprises spécialisées, ainsi que les fonctions de chargé de développement ou d'application chez les fournisseurs d'agents biologiques. L'agronomie appliquée au biocontrôle est également présente dans les bureaux d'études environnementaux, les parcs naturels et les structures de gestion et protection de la nature.