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Greffier

De Competences-metiers wiki

Un greffier est un agent de la fonction publique de l'État exerçant ses missions au sein des juridictions françaises, sous l'autorité des magistrats et des directeurs des services de greffe judiciaires. Il assure l'assistance aux débats, la rédaction et la conservation des actes de procédure, ainsi que la certification de conformité des décisions de justice, garantissant la traçabilité et l'authenticité des actes judiciaires. En France, le corps des greffiers relève du ministère de la Justice et regroupe environ 9 500 agents titulaires répartis dans l'ensemble des juridictions civiles, pénales, commerciales et administratives du pays.

Rôle et missions

Assistance aux débats

Le greffier siège aux côtés du magistrat lors des audiences. Sa présence est une condition de validité des jugements : un acte juridictionnel rendu en l'absence du greffier est nul de plein droit. Il dresse le procès-verbal des débats, note les déclarations des parties, les conclusions des avocats et les décisions prises par le président de séance. Cette mission couvre l'ensemble des formations de jugement : chambre civile, chambre correctionnelle, audience de famille, chambre commerciale et conseil de prud'hommes.

Rédaction et gestion des actes de procédure

Le greffier rédige, enregistre et conserve les actes de procédure conformément au Code de procédure civile et au Code de procédure pénale. Il établit notamment :

  • les actes introductifs d'instance (assignations enregistrées, requêtes) ;
  • les procès-verbaux d'audition et de serment ;
  • les jugements mis en forme définitive, dont il certifie la conformité à la minute originale ;
  • les actes d'exécution tels que les mandats de dépôt ou de comparution.

La greffe est ainsi l'organe central de toute juridiction : sans enregistrement par le greffier, aucun acte de contentieux n'est opposable aux tiers.

Authentification et délivrance des actes

Le greffier confère l'authenticité aux décisions de justice. Il délivre les expéditions, copies certifiées conformes et extraits des jugements demandés par les parties, leurs avocats ou les tiers habilités. Il appose le sceau de la juridiction et sa signature sur chaque document délivré, ce qui leur confère force exécutoire ou valeur probante. Cette mission d'authentification est distincte de celle du notaire (actes notariés) et du commissaire de justice (actes d'huissier).

Accueil et information du justiciable

La greffe constitue le premier point de contact des citoyens avec l'institution judiciaire. Le greffier informe les justiciables sur les procédures, les délais, les modalités de saisine et les voies de recours, sans pour autant dispenser de conseils juridiques relevant de l'accès au droit ou de la consultation d'un avocat. Il peut orienter les personnes aux ressources limitées vers le Bureau d'aide juridictionnelle pour les demandes d'aide juridictionnelle.

Statut juridique et cadre légal

Fonctionnaire de catégorie B

Le greffier appartient au corps des greffiers des services judiciaires, corps de catégorie B de la fonction publique de l'État, régi par le décret n° 2015-1440 du 5 novembre 2015 portant statut particulier du corps des greffiers des services judiciaires. Il est placé sous l'autorité hiérarchique du Directeur des services de greffe judiciaire, lui-même relevant de la catégorie A+.

Le greffier est un fonctionnaire titulaire nommé par arrêté du garde des Sceaux. Son statut est distinct de celui du magistrat, qui relève d'un corps judiciaire séparé régi par l'ordonnance du 22 décembre 1958, et distinct de celui des agents du parquet général.

Obligations déontologiques

Le greffier est soumis à des obligations de neutralité, de discrétion professionnelle et d'impartialité conformément au statut général de la fonction publique et au code de déontologie applicable aux agents des services judiciaires. Il est tenu au secret professionnel pour toutes les informations relatives aux affaires en cours. Le non-respect de ces obligations expose le greffier à des sanctions disciplinaires allant de l'avertissement à la révocation, prononcées par le conseil de discipline compétent.

Distinction avec le greffier des tribunaux de commerce

Le Greffier des tribunaux de commerce est une profession libérale réglementée qualifiée d'officier ministériel, dont le statut est radicalement différent de celui du greffier des services judiciaires. Nommé par arrêté du garde des Sceaux mais exerçant à titre libéral, il tient le registre du commerce et des sociétés (RCS), délivre des extraits Kbis et assiste les tribunaux de commerce. Les deux professions ne doivent pas être confondues : l'une relève de la fonction publique, l'autre du secteur libéral réglementé soumis à une tarification nationale.

Formation et recrutement

Concours d'accès

Le recrutement des greffiers se fait principalement par concours organisé par le ministère de la Justice. Deux voies principales existent :

  • le concours externe, ouvert aux candidats titulaires d'un diplôme de niveau bac+2 minimum (BTS, DUT, licence, etc.) ;
  • le concours interne, réservé aux agents de la fonction publique justifiant de quatre ans de services effectifs.

Le concours comporte des épreuves écrites (composition sur un thème juridique ou administratif, questionnaire de droit) et des épreuves orales (entretien avec le jury). Entre 2020 et 2024, le nombre de postes ouverts à chaque session a varié de 250 à 450 selon les besoins du ministère.

Formation initiale à l'École nationale des greffes

Les lauréats du concours sont nommés élèves-greffiers et suivent une formation initiale de dix-huit mois à l'École nationale des greffes (ENG), implantée à Dijon. La formation alterne enseignements théoriques (droit civil, procédure civile, procédure pénale, droit du travail, droit commercial) et stages pratiques en juridiction. À l'issue de la scolarité, les élèves-greffiers sont titularisés et affectés selon un classement de mérite établi par la direction des services judiciaires.

Formation continue

Tout au long de leur carrière, les greffiers bénéficient de formations continues dispensées par l'École nationale des greffes et les services du ministère de la Justice, portant notamment sur les évolutions législatives, les nouveaux outils numériques de gestion des procédures (Portalis pour le civil, Cassiopée pour le pénal) et les techniques d'accueil du public.

Évolution de carrière

Grades et échelons

Le corps des greffiers comporte un grade unique subdivisé en échelons (de 1 à 12), l'avancement s'effectuant à l'ancienneté ou au choix selon les conditions fixées par le statut particulier. La rémunération indiciaire suit la grille de la catégorie B de la fonction publique de l'État, complétée par une indemnité de fonctions et d'objectifs (IFO) propre aux services judiciaires.

Accès au corps de directeur des services de greffe

Le Directeur des services de greffe judiciaire constitue le débouché naturel de carrière pour les greffiers expérimentés. L'accès s'effectue par concours interne (ouvert aux greffiers justifiant de quatre ans de services) ou par liste d'aptitude. Ce corps de catégorie A encadre les équipes de greffe et participe à la gestion administrative et budgétaire des juridictions, en coordination avec les chefs de juridiction.

Spécialisations fonctionnelles

Au fil des affectations successives, les greffiers développent des spécialisations dans des domaines particuliers :

Chaque spécialisation suppose la maîtrise de procédures spécifiques et des logiciels métiers associés.

Organisation du greffe dans les juridictions

Le greffe du tribunal judiciaire

Au tribunal judiciaire, le greffe est organisé en divisions correspondant aux chambres civiles, pénales, aux affaires familiales et au service des audiences. Un directeur des services de greffe judiciaire en assure la direction administrative. Dans les tribunaux de grande taille (Paris, Lyon, Marseille), le greffe peut regrouper plusieurs centaines d'agents.

Le greffe de la cour d'appel

Au sein de la cour d'appel, le greffe assure la mise en état des dossiers, la notification des arrêts aux parties et à leurs avocats, ainsi que la transmission des décisions à la Cour de cassation en cas de pourvoi. Le greffier de chambre tient le registre des arrêts et certifie la conformité des expéditions délivrées aux parties.

Outils numériques

Depuis les années 2010, les greffes des juridictions judiciaires françaises s'appuient principalement sur deux systèmes d'information :

  • Portalis : système de gestion des procédures civiles, déployé progressivement à partir de 2018, permettant la communication électronique entre les greffes et les avocats via le Réseau Privé Virtuel des Avocats (RPVA) ;
  • Cassiopée : système de gestion des procédures pénales, opérationnel depuis 2009.

Ces systèmes visent à réduire les délais de traitement et à améliorer le suivi des affaires à chaque stade de la procédure judiciaire.

Relations avec les autres professions judiciaires

Le greffier s'inscrit dans un environnement professionnel dense. Il travaille quotidiennement avec :

La frontière entre le greffier et le juriste d'entreprise est nette : ce dernier conseille son employeur dans un cadre privé, tandis que le greffier exerce une mission de service public au sein d'une juridiction de l'ordre judiciaire. L'inspection du travail et le greffe du conseil de prud'hommes entretiennent des relations fonctionnelles pour certaines communications procédurales relevant du droit du travail et du Code du travail.

La médiation conventionnelle et l'arbitrage se développent comme modes alternatifs de règlement des litiges, modifiant la physionomie du contentieux judiciaire sans concurrencer directement les attributions du greffier, dont la mission d'authentification reste indispensable à la mise en œuvre des décisions judiciaires.

Perspectives professionnelles et données de marché

Le ministère de la Justice est le troisième employeur de la fonction publique de l'État. Les services judiciaires comptent plus de 21 000 agents relevant des services de greffe (greffiers, directeurs, adjoints administratifs et agents contractuels), selon les rapports annuels de performance (RAP) du programme budgétaire 166 « Justice judiciaire ».

La loi d'orientation et de programmation du ministère de la Justice 2023-2027 (LOPJ, loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023) prévoit la création de 1 500 postes d'assistants de justice contractuels pour seconder les greffiers dans les tâches administratives de premier niveau, sans se substituer à eux sur les actes authentifiés réservés au corps des greffiers.

Le droit commercial et le droit du travail prud'homal connaissent une augmentation du contentieux depuis 2017, générant une demande accrue de greffiers spécialisés dans ces domaines. La procédure civile est également affectée par la dématérialisation croissante des échanges, qui transforme les conditions d'exercice du métier sans en modifier les missions fondamentales.

Notes et références

  • Décret n° 2015-1440 du 5 novembre 2015 portant statut particulier du corps des greffiers des services judiciaires.
  • Décret n° 2015-1441 du 5 novembre 2015 portant statut particulier du corps des directeurs des services de greffe judiciaires.
  • Loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 d'orientation et de programmation du ministère de la Justice 2023-2027 (LOPJ).
  • Ministère de la Justice, Rapport annuel de performance, programme 166 « Justice judiciaire », éditions 2022 et 2023.
  • Code de procédure civile, articles 726 et suivants (assistance du greffier en audience).
  • Code de procédure pénale, articles 80 et suivants (greffe d'instruction pénale).