Aller au contenu

Code de procédure civile

De Competences-metiers wiki

Le Code de procédure civile (CPC) est le corpus législatif et réglementaire français qui régit les règles de forme applicables aux litiges portés devant les juridictions civiles. Institué par le décret n° 75-1123 du 5 décembre 1975 et entré en vigueur le 1er janvier 1976, il succède au Code de procédure civile napoléonien de 1806. Il organise l'ensemble du déroulement du contentieux civil, depuis la saisine du juge jusqu'à l'exécution des décisions de justice, en passant par les règles relatives aux preuves, aux délais et aux voies de recours.

Historique et sources

L'ancien code de 1806

L'ancien Code de procédure civile, promulgué sous l'Empire le 14 avril 1806, constitua pendant près de 170 ans le socle de la procédure civile française. Inspiré de l'ordonnance civile de 1667, il était réputé formaliste et inadapté aux besoins d'une justice moderne. Des commissions de réforme se succédèrent dès la fin du XIXe siècle sans aboutir à une refonte globale.

La réforme de 1975

Le décret du 5 décembre 1975 (n° 75-1123) constitue la grande rupture. Œuvre d'une commission présidée par Henri Motulsky et poursuivie sous la direction de Pierre Bellet, le nouveau code abandonne la logique formaliste au profit d'un équilibre entre droits de la défense et efficacité judiciaire. Il consacre le principe du contradictoire, le rôle actif du juge dans la conduite de l'instance et la concentration des moyens.

Les textes complémentaires

Le Code de procédure civile coexiste avec plusieurs textes connexes :

  • Le Code des procédures civiles d'exécution, en vigueur depuis le 1er juin 2012, regroupe les règles relatives à l'exécution forcée des décisions ;
  • Le Code de procédure pénale régit la procédure applicable aux infractions pénales ;
  • Le Code de l'organisation judiciaire détermine la compétence et la composition des juridictions.

Structure et organisation

Le Code de procédure civile comprend environ 1 600 articles, organisés en cinq livres :

  • Livre I : Dispositions communes à toutes les juridictions (articles 1 à 749) — principes directeurs, actes de procédure, preuves, délais, notifications ;
  • Livre II : Dispositions particulières à chaque juridiction (articles 750 à 1037) — procédures devant le Tribunal judiciaire, la Cour d'appel, la Cour de cassation ;
  • Livre III : Dispositions relatives à l'arbitrage (articles 1442 à 1527) ;
  • Livre IV : Entraide judiciaire internationale et exécution des décisions étrangères (articles 1528 à 1570) ;
  • Livre V : Dispositions relatives aux départements et régions d'outre-mer.

Principes directeurs du procès civil

Les articles 1 à 24 du Code de procédure civile posent les principes directeurs qui gouvernent l'ensemble du procès civil.

Le principe dispositif

L'article 1er dispose que seules les parties introduisent l'instance et y mettent fin. Le juge ne peut se saisir d'office et doit statuer sur tout ce qui est demandé, mais rien que ce qui est demandé (articles 4 et 5). Ce principe distingue fondamentalement la procédure civile de la procédure pénale.

Le principe du contradictoire

Consacré à l'article 16, le principe du contradictoire impose que chaque partie ait été mise en mesure de discuter les éléments produits par son adversaire. Le juge lui-même ne peut fonder sa décision sur des moyens qu'il a relevés d'office sans avoir préalablement invité les parties à s'en expliquer. Ce principe est également garanti par l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme, dont l'interprétation est assurée par la Cour européenne des droits de l'homme.

La concentration des moyens

Issue d'un arrêt de la Cour de cassation du 7 juillet 2006 (affaire Cesareo), la doctrine de concentration des moyens oblige chaque partie à présenter dès la première instance l'ensemble des arguments susceptibles de fonder sa demande, sous peine d'irrecevabilité lors d'une instance ultérieure portant sur le même objet.

Le rôle actif du juge

Le juge dirige activement la conduite de l'instance. Il peut ordonner d'office toutes les mesures d'instruction légalement admissibles (article 10), inviter les parties à fournir des explications complémentaires et requalifier les faits sans être lié par les qualifications retenues par celles-ci (article 12).

Les acteurs de la procédure civile

Les parties

Le demandeur introduit l'instance par assignation ou requête ; le défendeur y répond. Chaque partie peut se faire assister ou représenter par un avocat. La représentation par avocat est obligatoire devant le Tribunal judiciaire pour les affaires dont le montant dépasse 10 000 euros (décret du 11 décembre 2019), ainsi que devant la Cour d'appel et la Cour de cassation.

Les auxiliaires de justice

  • L'avocat plaide, rédige les conclusions et conseille les parties tout au long de la procédure ;
  • Le Commissaire de justice (titre unifié depuis le 1er juillet 2022, fusionnant l'ancien Huissier de justice et le commissaire-priseur judiciaire) procède aux significations des actes et à l'exécution forcée des décisions ;
  • Le Greffier assure la tenue des registres, délivre les copies certifiées conformes et certifie l'authenticité des actes de procédure ;
  • Le Notaire peut dresser des actes revêtus de la force exécutoire (titres exécutoires notariés) dans certaines matières contractuelles.

Le magistrat

Le juge du siège tranche le litige en appliquant le droit aux faits établis par les preuves. Selon les matières, plusieurs magistrats peuvent intervenir au sein du Tribunal judiciaire : juge de la mise en état, juge de l'exécution, juge aux affaires familiales (JAF) et juge des contentieux de la protection.

Les juridictions compétentes

La compétence d'une juridiction civile se détermine selon deux critères cumulatifs.

La compétence d'attribution (ratione materiae)

  • Le Tribunal judiciaire, créé par la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 (fusion du tribunal de grande instance et du tribunal d'instance), est la juridiction de droit commun pour le droit de la famille, le droit immobilier et les litiges supérieurs à 10 000 euros ;
  • Le Conseil de prud'hommes connaît des litiges individuels nés du contrat de travail entre employeurs et salariés ;
  • Le tribunal de commerce traite des litiges entre commerçants et des questions relatives aux sociétés commerciales (droit commercial, droit des sociétés) ;
  • Le tribunal paritaire des baux ruraux est compétent pour les baux agricoles.

La compétence territoriale (ratione loci)

La règle générale, posée à l'article 42, désigne le tribunal du domicile du défendeur. Des règles spéciales s'appliquent en matière contractuelle (lieu d'exécution de l'obligation), délictuelle (lieu du dommage ou du fait générateur) ou immobilière (lieu de situation de l'immeuble).

Le déroulement de la procédure

L'introduction de l'instance

L'instance est introduite soit par assignation (acte délivré par un Commissaire de justice remis au défendeur, avec indication de la date d'audience), soit par requête conjointe, soit par déclaration au greffe pour certaines procédures simplifiées. L'assignation doit, à peine de nullité, contenir un exposé des moyens en fait et en droit ainsi que la liste des pièces communiquées (article 56).

La mise en état

La mise en état est la phase préparatoire au jugement. Elle est conduite par le juge de la mise en état, qui fixe le calendrier d'échange des conclusions et des pièces entre avocats. Cette phase garantit une instruction complète du dossier avant l'audience de plaidoiries. Dans les affaires complexes, elle peut s'étendre de 12 à 36 mois.

L'audience et le jugement

À l'audience, les avocats exposent oralement leurs arguments, souvent de façon résumée lorsque les conclusions écrites sont volumineuses. Le juge met ensuite l'affaire en délibéré. Le jugement constitue un acte authentique susceptible d'exécution forcée dès lors qu'il est revêtu de la formule exécutoire délivrée par le greffier.

Les voies de recours

L'appel

L'appel est une voie de recours ordinaire permettant de soumettre l'affaire à une juridiction supérieure. La déclaration d'appel doit être adressée au greffe de la Cour d'appel dans un délai d'un mois à compter de la signification du jugement (article 538). L'appel est suspensif, sauf si l'exécution provisoire a été ordonnée ou est de droit. La Cour d'appel procède à un nouvel examen du fond du litige.

Le pourvoi en cassation

Le pourvoi en cassation n'est pas un troisième degré de juridiction au fond : la Cour de cassation ne rejuge pas les faits mais contrôle la bonne application du droit par les juges du fond. Le moyen de cassation doit précisément identifier la règle de droit violée. En cas de cassation, l'affaire est renvoyée devant une autre Cour d'appel (ou devant la même cour autrement composée), sauf cassation sans renvoi lorsque les faits établis permettent à la Cour de cassation d'appliquer la règle de droit sans qu'un nouveau jugement soit nécessaire.

Les autres voies de recours

L'opposition permet au défendeur défaillant (jugement rendu par défaut) de faire rétracter la décision devant la même juridiction dans un délai d'un mois suivant sa signification (article 571). La tierce opposition permet à un tiers dont les droits sont lésés par une décision de justice d'en demander la révision.

Les modes alternatifs de résolution des litiges

Le Code de procédure civile intègre les modes alternatifs de résolution des litiges (MARD) depuis plusieurs réformes successives, afin de désengorger les juridictions civiles. Le décret du 11 décembre 2019 (article 127-1) impose une tentative préalable de résolution amiable pour les litiges inférieurs à 5 000 euros.

La médiation

La médiation conventionnelle peut être ordonnée par le juge ou choisie par les parties à tout stade de l'instance (articles 131-1 à 131-15). Le médiateur facilite le dialogue entre les parties sans trancher le litige. La médiation familiale est particulièrement développée dans les affaires de droit de la famille (divorce, autorité parentale, pension alimentaire).

La conciliation

Le conciliateur de justice est un auxiliaire de justice bénévole, désigné par le premier président de la Cour d'appel, qui aide les parties à trouver un accord amiable. La tentative de conciliation est obligatoire avant saisine du Tribunal judiciaire dans certaines matières, notamment les baux d'habitation et certains conflits de voisinage.

L'arbitrage

Régi par les articles 1442 à 1527 du Code de procédure civile, l'arbitrage permet aux parties de soumettre leur litige à un ou plusieurs arbitres privés dont la sentence a force exécutoire après exequatur. Il est particulièrement utilisé en droit commercial et en droit des sociétés pour les contrats internationaux.

Réformes récentes

La réforme de 2019

La loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, ainsi que les décrets d'application du 11 décembre 2019, ont profondément modifié le Code de procédure civile. Principales mesures : création du Tribunal judiciaire, extension de la représentation obligatoire par avocat, développement des MARD et réforme de la procédure devant la Cour d'appel (notamment l'obligation de constituer avocat dès la déclaration d'appel et la procédure à bref délai).

La dématérialisation

Depuis 2015, le Réseau Privé Virtuel des Avocats (RPVA) permet l'échange dématérialisé des actes de procédure entre avocats et juridictions. Ce dispositif a été étendu et renforcé à la suite de la crise sanitaire de 2020, notamment pour les audiences tenues par voie de communication audiovisuelle (article 801-1 du Code de procédure civile).

L'accès au droit

Le Code de procédure civile articule son dispositif avec le système d'aide juridictionnelle (loi n° 91-647 du 10 juillet 1991), qui permet aux justiciables aux ressources insuffisantes de bénéficier de la prise en charge totale ou partielle des frais d'instance, et avec les dispositifs d'accès au droit (maisons de justice et du droit, points d'accès au droit).

Formation et métiers liés à la procédure civile

La maîtrise du Code de procédure civile constitue une compétence fondamentale pour un ensemble de métiers juridiques et judiciaires.

Formations initiales

Les voies d'accès aux métiers requérant cette maîtrise sont variées :

  • La licence et le master en droit privé (parcours droit judiciaire privé) ;
  • L'examen d'accès au Centre Régional de Formation Professionnelle des Avocats (CRFPA), qui comporte une épreuve de procédure civile ;
  • La formation des magistrats à l'École Nationale de la Magistrature (ENM), accessible par concours ouvert aux titulaires d'un master en droit ;
  • La formation des greffiers des services judiciaires à l'École Nationale des Greffes (ENG) ;
  • La formation des commissaires de justice à l'Institut National de Formation des Commissaires de Justice (INFCJ).

Compétences requises en pratique

Les professionnels du droit travaillant quotidiennement avec le Code de procédure civile doivent maîtriser les délais procéduraux (dont le non-respect est sanctionné par la caducité ou l'irrecevabilité), les règles de compétence matérielle et territoriale, la rédaction des actes de procédure et des conclusions, ainsi que la gestion des voies de recours. Ces compétences font l'objet de formations continues dispensées notamment par les barreaux, le Conseil National des Barreaux et les chambres professionnelles des commissaires de justice.