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Sécurité sociale des indépendants

De Competences-metiers wiki

La sécurité sociale des indépendants désigne l'ensemble des mécanismes de protection sociale obligatoire applicables aux travailleurs non salariés (TNS) en France, couvrant les risques maladie, maternité, retraite, invalidité, décès et allocations familiales. Depuis le 1Modèle:Er janvier 2018, ce régime a été progressivement intégré au régime général de la Sécurité sociale, mettant fin à l'existence du Régime social des indépendants (RSI), qui gérait ces prestations depuis 2006. Les indépendants — artisans, commerçants, professions libérales et micro-entrepreneurs — relèvent désormais de la Sécurité sociale pour les indépendants (SSI), gérée par les organismes du régime général, tout en conservant certaines particularités de couverture.

Historique

Avant 2006, la protection sociale des travailleurs non salariés non agricoles était assurée par trois caisses distinctes : la Caisse autonome nationale de compensation de l'assurance vieillesse artisanale (CANCAVA) pour les artisans, l'Organisation autonome nationale de l'industrie et du commerce (ORGANIC) pour les commerçants, et la Caisse nationale d'assurance maladie des professions indépendantes (CANAM) pour l'assurance maladie. La loi du 11 février 1994 relative à l'initiative et à l'entreprise individuelle, dite loi Madelin, avait amorcé une simplification des obligations déclaratives sans fusionner les structures.

La loi du 5 janvier 2006 a regroupé ces trois caisses dans le Régime social des indépendants (RSI), régime autonome chargé de collecter les cotisations et de verser les prestations maladie et retraite à quelque 6,1 millions d'assurés. Face aux dysfonctionnements persistants — erreurs massives de calcul de cotisations, délais de traitement anormaux, appels de régularisation incorrects — une mobilisation d'indépendants a conduit le gouvernement Édouard Philippe à annoncer en septembre 2017 la suppression du RSI. La loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2018 a organisé l'adossement du RSI au régime général sur une période de transition de deux ans. Depuis le 1Modèle:Er janvier 2020, le RSI n'existe plus comme entité juridique autonome.

Cadre juridique et organisation actuelle

La Sécurité sociale pour les indépendants

Depuis 2020, la gestion de la protection sociale des indépendants est répartie entre plusieurs organismes du régime général :

  • L'URSSAF collecte l'ensemble des cotisations sociales des travailleurs indépendants non agricoles et les reverse aux organismes gestionnaires des prestations.
  • La Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) gère les remboursements de soins, les indemnités journalières maladie des artisans et commerçants, ainsi que les prestations maternité.
  • La Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV) et les caisses régionales (CARSAT) gèrent la retraite de base des artisans et commerçants.
  • La CIPAV (Caisse interprofessionnelle de prévoyance et d'assurance vieillesse) demeure l'organisme de retraite complémentaire obligatoire pour les Professions libérales réglementées qui lui sont affiliées.
  • La Caisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales (CNAVPL) gère la retraite de base d'une grande partie des professions libérales et chapeaute les sections professionnelles sectorielles.

Régimes spécifiques subsistants

Certaines catégories conservent des régimes distincts :

Affiliation et cotisations

Personnes concernées

Sont affiliés au régime des travailleurs indépendants :

Les gérants minoritaires ou égalitaires de SARL ainsi que les présidents de SAS et de SA sont assimilés salariés et relèvent du régime général.

Assiette et taux de cotisation au régime réel

Pour les indépendants au régime réel (hors micro-entreprise), les cotisations sont calculées sur le revenu professionnel net (bénéfice imposable). Les taux applicables en 2024 sont les suivants :

Taux de cotisations sociales des indépendants (artisans/commerçants, 2024)
Cotisation Taux Base de calcul
Maladie-maternité 6,5 % (réduit entre 1,5 % et 6,5 % sous 46 368 €) Revenu professionnel
Indemnités journalières maladie 0,85 % Revenu plafonné à 5 PASS (231 840 €)
Retraite de base 17,75 % dans la limite du PASS + 0,60 % au-delà Revenu professionnel
Retraite complémentaire 7 % tranche 1 / 8 % tranche 2 Selon tranches du PASS
Invalidité-décès 1,3 % Revenu plafonné à 1 PASS (46 368 €)
Allocations familiales 3,1 % à 5,25 % selon revenu Revenu professionnel
CSG/CRDS 9,7 % Revenu professionnel + cotisations obligatoires

Le Plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) est fixé à 46 368 € pour 2024.

Régime micro-social

Les micro-entrepreneurs relevant de la micro-entreprise bénéficient d'un régime simplifié : les cotisations sociales sont calculées par application d'un taux forfaitaire sur le chiffre d'affaires encaissé, sans déduction des charges réelles. Les taux en vigueur au 1Modèle:Er janvier 2024 sont :

  • 12,3 % pour les activités de vente de marchandises et fourniture d'hébergement (BIC achat-revente).
  • 21,2 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales (BIC services).
  • 23,1 % pour les activités libérales relevant des BNC, hors CIPAV.
  • 23,2 % pour les activités libérales relevant de la CIPAV.

Ces taux incluent la retraite de base, la retraite complémentaire, la maladie-maternité, les allocations familiales, l'invalidité-décès et la CSG/CRDS. Ils excluent la contribution à la Formation professionnelle (0,1 % à 0,3 % selon l'activité) et la taxe pour frais de chambre consulaire.

Cotisations provisionnelles en début d'activité

À l'ouverture d'une activité au régime réel, les cotisations des deux premières années sont calculées sur des bases forfaitaires fixées par décret (environ 19 % du PASS pour les artisans et commerçants, soit 8 810 € en 2024), puis régularisées sur le revenu réel dès réception de la première déclaration de revenus professionnels. Cette régularisation, dite « cotisation d'ajustement », peut générer des appels importants en N+2 si le revenu réel dépasse la base forfaitaire. Une provision de trésorerie représentant 35 à 45 % du bénéfice net est généralement constituée pour y faire face. La consultation d'un Expert-comptable dès la création d'activité permet d'anticiper ces flux.

Prestations couvertes

Assurance maladie

Depuis l'intégration au régime général, les travailleurs indépendants bénéficient des mêmes taux de remboursement de soins que les salariés : consultation d'un médecin généraliste en secteur 1 remboursée à 70 % du tarif de convention (26,50 € en 2024), médicaments et hospitalisations selon les règles communes. La souscription à une complémentaire santé reste nécessaire pour couvrir le ticket modérateur, le forfait journalier hospitalier (20 € par jour) et les dépassements d'honoraires.

Indemnités journalières

Les indemnités journalières en cas d'arrêt maladie sont accessibles aux artisans et commerçants affiliés depuis au moins un an, sous réserve d'un arrêt prescrit de plus de 3 jours (délai de carence de 3 jours). Le montant est égal à 1/730Modèle:E du revenu annuel moyen des 3 dernières années, plafonné à 52,28 € par jour en 2024, soit environ 1 570 € par mois. Les professions libérales ne bénéficient pas systématiquement des indemnités journalières maladie de la SSI : leur couverture dépend des prestations prévues par leur caisse sectorielle ou d'une prévoyance complémentaire souscrite à titre individuel.

Maternité et paternité

Les indépendantes (artisanes et commerçantes) perçoivent deux prestations distinctes :

  • Une allocation forfaitaire de repos maternel de 3 513,60 € en 2024, versée en deux fractions (avant et après l'accouchement), sans condition de cessation d'activité.
  • Des indemnités journalières de maternité de 56,35 € par jour pendant 112 jours au minimum, sous condition de cessation totale d'activité pendant au moins 44 jours consécutifs autour de l'accouchement.

Le congé de paternité et d'accueil de l'enfant a été aligné sur celui des salariés depuis le 1Modèle:Er juillet 2021 : 25 jours calendaires, dont 4 jours de congé de naissance immédiatement après la naissance, obligatoires depuis cette date.

Retraite

La retraite des indépendants non agricoles comprend deux étages :

  • La retraite de base est gérée par la CNAV/CARSAT pour les artisans et commerçants, et par la CNAVPL ou ses sections pour les professions libérales. L'âge légal de départ est fixé à 64 ans depuis la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 portant réforme des retraites. La retraite des micro-entrepreneurs est calculée sur les mêmes règles, mais sur une assiette souvent réduite en raison du taux forfaitaire appliqué au chiffre d'affaires.
  • La retraite complémentaire des artisans et commerçants est gérée par le régime complémentaire des indépendants (RCI), anciennement RCO. Celle des professions libérales relève des sections de la CNAVPL ou de la CIPAV selon l'activité exercée.

Le taux de remplacement effectif à la retraite est structurellement plus faible pour les indépendants que pour les cadres du secteur privé, du fait d'une assiette de cotisation fréquemment inférieure au revenu brut réel. La souscription à un Plan d'épargne retraite (PER) individuel — qui a remplacé depuis le 1Modèle:Er octobre 2019 le contrat Madelin pour les nouveaux contrats — permet une déductibilité fiscale des versements à hauteur de 10 % du bénéfice imposable dans la limite de 10 % de 8 PASS, soit 37 094 € en 2024.

Invalidité et décès

La pension d'invalidité est versée aux artisans et commerçants en cas d'invalidité permanente totale ou partielle attestée médicalement. Pour une invalidité de catégorie 2 (incapacité totale d'exercer une profession quelconque), la pension peut atteindre 50 % du revenu professionnel annuel moyen, dans la limite du PASS. Le capital décès s'établit à 3 474 € en 2024 et est versé en priorité au conjoint survivant, au partenaire de PACS ou, à défaut, aux descendants.

Allocations familiales

Les travailleurs indépendants bénéficient des mêmes prestations familiales que les salariés, versées par la Caisse d'allocations familiales (CAF) : allocations familiales à partir de deux enfants à charge (selon le barème de ressources en vigueur), complément de libre choix du mode de garde (CMG), prime à la naissance (1 019,04 € en 2024) et allocation de base de la prestation d'accueil du jeune enfant (PAJE).

Assurance chômage

Les travailleurs indépendants ne cotisent pas à l'assurance chômage de droit commun gérée par France Travail et ne peuvent pas prétendre à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) en cas de cessation volontaire d'activité ou de difficultés économiques ordinaires.

L'Allocation des travailleurs indépendants (ATI), créée par la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018 et entrée en vigueur le 1Modèle:Er novembre 2019, constitue un filet de sécurité minimal. Versée pendant 6 mois à hauteur de 26,30 € par jour (soit environ 800 € par mois en 2024), elle est soumise à des conditions strictes : cessation d'activité consécutive à une procédure de liquidation judiciaire ou à un redressement judiciaire avec cessation totale ; revenus professionnels antérieurs d'au moins 10 000 € par an sur les deux années précédentes ; ressources personnelles inférieures au montant journalier de l'allocation. L'ATI est cumulable partiellement avec le Revenu de solidarité active selon les règles de droit commun.

Protection sociale complémentaire

Face aux lacunes du régime obligatoire — notamment pour les indemnités journalières des professions libérales, la couverture invalidité des micro-entrepreneurs et le niveau de retraite —, plusieurs dispositifs complémentaires permettent de renforcer la protection :

  • Le contrat Madelin (article 154 bis du Code général des impôts), accessible aux indépendants soumis à un régime réel d'imposition, permettait de déduire fiscalement les cotisations versées à des contrats de prévoyance complémentaire (incapacité, invalidité, décès), de complémentaire santé et de retraite supplémentaire. Pour les nouveaux contrats retraite, il est remplacé par le Plan d'épargne retraite depuis le 1Modèle:Er octobre 2019 ; les contrats existants restent actifs.
  • Le Plan d'épargne retraite individuel (PER-I) offre une déductibilité des versements du revenu imposable jusqu'à 10 % du bénéfice imposable (dans la limite de 10 % de 8 PASS), avec sortie en rente ou en capital à la retraite.

Le Portage salarial constitue une alternative au statut d'indépendant pour les consultants et les freelances : le salarié porté dispose du statut de salarié, est affilié au régime général (couverture maladie, chômage, retraite complète), tout en conservant l'autonomie dans le choix de ses missions et de sa clientèle.

Accès à la formation professionnelle

Les travailleurs indépendants ont accès au Compte personnel de formation (CPF) via Mon Compte Formation, alimenté à raison de 500 € par an (800 € pour les personnes sans qualification de niveau IV), dans la limite d'un plafond de 5 000 € (8 000 €). Les droits sont ouverts dès la création d'une activité non salariée, indépendamment du niveau de revenus.

Chaque catégorie d'indépendants verse une contribution à la Formation professionnelle à son fonds d'assurance formation (FAF) sectoriel : AGEFICE pour les chefs d'entreprise relevant du commerce et des services, FAFCEA pour les artisans, FIFPL pour les professions libérales. Ces fonds financent des parcours de formation via des prises en charge forfaitaires, sans obligation de résultats commerciaux.

La reconversion depuis le salariat vers l'indépendance implique une rupture du régime de protection sociale salariale. Un salarié licencié ou démissionnaire pour création ou reprise d'entreprise peut, sous conditions fixées par France Travail, choisir entre le maintien partiel de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) pendant la montée en charge de l'activité, ou le versement de l'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (ARCE), équivalant à 60 % des droits ARE restants versés en deux fractions.

Voir aussi