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Acte de commerce

De Competences-metiers wiki

Un acte de commerce est, en droit commercial français, tout acte juridique ou fait juridique soumis au régime du droit commercial, par opposition à l'acte civil régi par le droit commun. La qualification d'acte de commerce détermine notamment la compétence du tribunal de commerce, les règles de preuve applicables, le délai de prescription et la présomption de solidarité entre codébiteurs. Le droit positif français distingue trois catégories principales : les actes de commerce par nature, par la forme et par accessoire.

Fondements juridiques

Le Code de commerce constitue le texte de référence en matière d'actes de commerce. Les articles L110-1 et L110-2 dressent une liste non exhaustive des actes réputés commerciaux par nature. Cette énumération, héritée du Code de commerce de 1807 — lui-même issu de l'Ordonnance de Colbert de 1673 sur le commerce terrestre —, a été complétée à plusieurs reprises par le législateur pour tenir compte des évolutions économiques et technologiques.

La qualification commerciale d'un acte emporte des conséquences substantielles : application du droit commercial et du droit des affaires, compétence de principe du tribunal de commerce, liberté de la preuve (article L110-3 du Code de commerce), prescription de cinq ans (article L110-4 du Code de commerce), et présomption de solidarité entre codébiteurs commerçants.

Les actes de commerce par nature

Les actes de commerce par nature sont ceux que la loi qualifie expressément de commerciaux, indépendamment de la qualité — commerçante ou civile — de la personne qui les accomplit. L'article L110-1 du Code de commerce en dresse la liste.

Achat pour revente

L'achat de biens meubles ou immeubles en vue de leur revente constitue l'acte de commerce archétypal. Deux conditions cumulatives sont exigées : l'intention de revendre existant au moment de l'achat, et la réalisation effective ou projetée d'un profit. L'achat réalisé pour usage personnel, même suivi ultérieurement d'une revente, ne constitue pas un acte de commerce ; seule l'intention initiale est déterminante.

Opérations de manufacture, de transport et de commission

Entrent dans cette catégorie :

  • les opérations de manufacture, c'est-à-dire la transformation de matières premières en produits finis à des fins de commercialisation ;
  • les entreprises de transport par terre ou par eau ;
  • les opérations de commission et de courtage, qui mettent en relation des parties en vue de la conclusion d'un contrat commercial.

Opérations de banque, de change et d'assurance

Les opérations de banque (réception de fonds du public, octroi de crédit, gestion de moyens de paiement au sens de l'article L311-1 du Code monétaire et financier), de change, de courtage financier et d'assurance sont réputées commerciales par nature. Les bénéfices industriels et commerciaux (BIC) résultant de ces activités relèvent du régime fiscal des activités commerciales, distinct des bénéfices non commerciaux (BNC) propres aux professions civiles.

Représentation commerciale et intermédiaires

Les opérations d'agence, de représentation commerciale et d'entremise commerciale sont visées par l'article L110-1, 7° du Code de commerce. Le contrat d'agence commerciale, régi par les articles L134-1 et suivants, en est l'illustration principale : l'agent commercial qui négocie des contrats au nom et pour le compte d'un commettant accomplit un acte de commerce par nature.

Activités extractives et de spectacles

Les entreprises de fournitures de denrées, de biens ou de services (alimentation, eau, énergie, prestations industrielles), les entreprises de spectacles publics (cinéma, théâtre exploité à des fins lucratives) ainsi que les entreprises d'édition, de librairie et d'imprimerie sont également qualifiées d'activités commerciales par la jurisprudence ou la loi.

Les actes de commerce par la forme

Certains actes sont commerciaux en raison de leur forme juridique, quelle que soit la qualité civile ou commerciale des parties et quelle que soit la nature de l'opération économique sous-jacente.

La lettre de change

La lettre de change (ou traite) est l'acte de commerce par la forme le plus emblématique. Définie aux articles L511-1 et suivants du Code de commerce, elle est commerciale en toutes circonstances — même entre non-commerçants et même si elle finance une opération de nature civile. Cette règle, constante depuis l'Ordonnance de 1673, garantit la sécurité et la prévisibilité des transactions commerciales fondées sur cet instrument de crédit.

Le billet à ordre

Le billet à ordre est soumis au même régime que la lettre de change : il constitue un acte de commerce par la forme, indépendamment de la qualité des signataires. Ces deux instruments de crédit relèvent donc systématiquement de la compétence du tribunal de commerce en cas de litige portant sur leur exécution ou sur leur régularité.

Les sociétés commerciales par la forme

La constitution et le fonctionnement de certaines sociétés emportent qualification commerciale indépendamment de l'objet social poursuivi. La société par actions simplifiée (SAS), la société à responsabilité limitée (SARL), la société anonyme (SA) et la société en commandite par actions (SCA) sont commerciales par leur forme, même si elles exercent une activité civile. Leur immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS) formalise l'opposabilité de leur personnalité morale aux tiers.

Les actes de commerce par accessoire

La théorie de l'accessoire (accessorium sequitur principale) permet d'étendre la qualification commerciale à des actes qui, pris isolément, seraient civils, dès lors qu'ils sont accomplis par un commerçant pour les besoins de son activité commerciale.

Principe

Un acte civil devient commercial lorsqu'il est accompli par un commerçant dans l'exercice de son commerce. Exemple : l'achat d'un véhicule utilitaire par une entreprise de livraison est un acte de commerce par accessoire, alors que le même achat serait civil pour un particulier. Ce mécanisme assure la cohérence du régime juridique applicable à l'ensemble des opérations d'une entreprise commerciale et évite la fragmentation du contentieux.

La théorie de l'accessoire inverse

La théorie de l'accessoire civil s'applique symétriquement aux non-commerçants : lorsqu'un acte de commerce par nature est accompli par une personne n'ayant pas la qualité de commerçant, et qu'il se rattache directement à une activité civile, les tribunaux judiciaires peuvent retenir leur compétence. Cette souplesse protège notamment les professions libérales et les agriculteurs dont les actes, même portant sur des biens mobiliers, restent civils dans leur environnement professionnel.

Distinction entre acte de commerce et acte civil

La frontière entre acte de commerce et acte civil revêt une importance pratique considérable pour la détermination du juge compétent et du droit applicable. Les actes dits mixtes — commerciaux pour l'une des parties, civils pour l'autre — obéissent à une solution nuancée :

  • La partie non-commerçante peut assigner la partie commerçante devant le tribunal de commerce ou devant le tribunal judiciaire, à son choix.
  • La partie commerçante ne peut, en revanche, attraire la partie non-commerçante devant le tribunal de commerce, sauf si l'acte est commercial à l'égard de cette dernière.

Les professions libérales (médecins, architectes, avocats, notaires) et les artisans accomplissent des actes civils à titre principal : leurs activités ne relèvent pas, sauf exception légale, du droit commercial. L'entrepreneur individuel exerçant une activité commerciale est, lui, soumis à l'intégralité des obligations des commerçants (immatriculation, tenue de comptabilité, déclarations fiscales en BIC, etc.).

Régime juridique applicable

Liberté de la preuve

En matière commerciale, la preuve est libre : tous les moyens sont admissibles (article L110-3 du Code de commerce), par opposition au droit civil où un écrit est en principe requis pour les actes d'une valeur supérieure à 1 500 euros (article 1359 du Code civil). La facture, le bon de commande, la correspondance électronique ou la simple déclaration d'un tiers peuvent ainsi suffire à établir l'existence d'un acte de commerce et son contenu.

Présomption de solidarité

La solidarité entre codébiteurs est présumée en matière commerciale, contrairement au droit civil où elle doit être stipulée expressément ou résulter de la loi (article 1310 du Code civil). Concrètement, un créancier peut réclamer la totalité de sa créance à n'importe lequel des débiteurs solidaires sans avoir à diviser son action en proportion de la part de chacun.

Prescription quinquennale

L'article L110-4 du Code de commerce fixe à cinq ans le délai de prescription de droit commun pour les obligations nées entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants à l'occasion de leur commerce. Ce délai peut être raccourci par des textes spéciaux : deux ans pour certains contrats de transport (article L133-6), un an pour les actions en garantie des vices cachés dans la vente commerciale.

Compétence juridictionnelle

Le tribunal de commerce est la juridiction de droit commun pour les litiges relatifs aux actes de commerce entre commerçants. En France, le tribunal de commerce de Paris constitue la principale juridiction commerciale pour les litiges d'envergure, notamment en matière de fusions-acquisitions, de restructurations et de contentieux contractuels complexes entre grandes entreprises. Les procédures collectives (sauvegarde, redressement judiciaire, liquidation judiciaire) relèvent également de la compétence exclusive du tribunal de commerce lorsque le débiteur est commerçant.

Implications pour les différents statuts d'entreprise

La notion d'acte de commerce est indissociable du statut juridique de l'entrepreneur et conditionne un ensemble d'obligations légales :

La qualification d'acte de commerce conditionne également l'attribution d'un numéro SIREN par l'INSEE, les modalités de la déclaration sociale nominative (DSN) pour les employeurs, et l'immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS) ou au registre national des entreprises (RNE) selon la nature de l'entité.

Acteurs du conseil et du contentieux

La qualification et la défense des actes de commerce mobilisent plusieurs professions réglementées :

La responsabilité civile professionnelle de ces conseillers peut être engagée en cas d'erreur de qualification ayant causé un préjudice quantifiable à leur client — par exemple, une mauvaise appréciation de la nature civile ou commerciale d'un acte ayant conduit à une prescription forclose.

Voir aussi