Bénéfices non commerciaux
Les bénéfices non commerciaux (BNC) constituent l'une des huit catégories de revenus soumises à l'impôt sur le revenu en France, aux côtés des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) et des bénéfices agricoles (BA). Définis aux articles 92 à 103 du Code général des impôts (CGI), ils désignent les revenus tirés de l'exercice des professions libérales, des charges et offices, ainsi que de toute occupation lucrative non commerciale au sens fiscal. En 2024, ce régime concerne environ 1,5 million de contribuables en France.
Définition et champ d'application
Texte de référence
L'article 92 du Code général des impôts pose la définition générale : sont considérés comme bénéfices non commerciaux « les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ». Cette dernière disposition confère aux BNC un rôle de catégorie résiduelle pour les revenus non classés dans les autres catégories fiscales.
Activités concernées
Trois groupes principaux relèvent des BNC :
- Les professions libérales au sens strict, réglementées ou non : médecins, avocats, notaires, architectes, pharmaciens, infirmiers libéraux, géomètres-experts, consultants, formateurs indépendants, psychologues, ostéopathes.
- Les charges et offices conférés par l'État : commissaires de justice (anciennement huissiers et commissaires-priseurs, depuis leur fusion au 1er juillet 2022), greffiers de tribunaux de commerce.
- Les occupations lucratives diverses ne relevant d'aucune autre catégorie fiscale : droits d'auteur lorsqu'ils ne relèvent pas des traitements et salaires, revenus d'inventeurs, sous-locations nues, rétrocessions d'honoraires.
Distinction avec les BIC
La frontière entre BNC et bénéfices industriels et commerciaux (BIC) repose sur la nature de l'activité. Un travailleur indépendant relève des BIC si son activité est commerciale, artisanale ou industrielle (achat-revente, fabrication, hôtellerie). Il relève des BNC si l'activité est principalement intellectuelle ou libérale, sans spéculation sur des marchandises ou fournitures. La qualification retenue par l'administration fiscale tient compte de l'ensemble des diligences effectuées, et non de la seule dénomination choisie par le professionnel.
Régimes d'imposition
Deux régimes fiscaux coexistent pour les BNC : le régime micro-BNC et la déclaration contrôlée.
Régime micro-BNC
Le régime micro-BNC s'applique de plein droit lorsque les recettes brutes annuelles ne dépassent pas 77 700 € (seuil applicable depuis le 1er janvier 2023, révisé tous les trois ans par décret). Ce seuil est apprécié hors taxes.
Principales caractéristiques :
- L'abattement forfaitaire de 34 % sur les recettes brutes couvre l'ensemble des charges professionnelles ; le bénéfice imposable est donc égal à 66 % des recettes encaissées.
- Aucune déduction de charges réelles n'est possible : l'abattement est forfaitaire et non modulable.
- La déclaration s'effectue sur le formulaire n° 2042 C PRO (cases dédiées micro-BNC), sans dépôt de liasse 2035.
En cas de dépassement du seuil deux années consécutives, le contribuable bascule automatiquement vers la déclaration contrôlée à compter du 1er janvier suivant.
Pour les auto-entrepreneurs relevant de la micro-entreprise, les cotisations sociales sont calculées sur le chiffre d'affaires brut (taux de 21,2 % en 2024 pour les activités libérales affiliées à la Sécurité sociale des indépendants). Le régime micro-fiscal peut donner accès, sous conditions de revenus du foyer fiscal, au versement libératoire de l'impôt sur le revenu.
Déclaration contrôlée
La déclaration contrôlée est le régime réel d'imposition applicable obligatoirement dès lors que les recettes dépassent 77 700 €, ou sur option du contribuable en deçà de ce seuil. Elle est également obligatoire pour certains officiers publics et ministériels, indépendamment du montant de leurs recettes.
Caractéristiques :
- Le bénéfice imposable correspond à la différence entre les recettes encaissées et les dépenses réelles décaissées au cours de l'exercice (comptabilité de trésorerie, par opposition à la comptabilité d'engagement des BIC).
- La déclaration annuelle se fait via le formulaire n° 2035 (déclaration de résultat des professions non commerciales), à déposer en ligne au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai.
- Des annexes détaillent les immobilisations, les amortissements et les plus-values professionnelles.
Le recours à la déclaration contrôlée est généralement conseillé lorsque les charges professionnelles effectives excèdent 34 % des recettes.
Assiette imposable
Recettes à retenir
Sous la déclaration contrôlée, les recettes imposables comprennent :
- Les honoraires, rémunérations, commissions et droits effectivement encaissés au cours de l'année civile, indépendamment de la date de facturation.
- Les recettes accessoires directement liées à l'activité (cessions de matériel professionnel déclassé, subventions d'exploitation).
- Les plus-values professionnelles à court terme (biens détenus depuis moins de 2 ans ou fraction correspondant aux amortissements déduits).
Charges déductibles
Les charges déductibles sont celles engagées dans l'intérêt de l'activité et effectivement payées dans l'exercice :
| Catégorie | Exemples |
|---|---|
| Charges de personnel | Salaires nets versés, cotisations patronales |
| Locaux professionnels | Loyer, charges locatives, taxe foncière si propriétaire occupant |
| Matériel et outillage | Amortissements du matériel médical, informatique, bureautique |
| Frais de déplacement | Carburant, péages, transports en commun (frais réels justifiés) |
| Cotisations sociales | Cotisations URSSAF, CIPAV, mutuelle et prévoyance Madelin |
| Honoraires de conseil | Expert-comptable, avocat conseil |
| Assurances | Responsabilité civile professionnelle |
| Frais documentaires | Abonnements professionnels, formations, ouvrages spécialisés |
Plus-values professionnelles
Les plus-values professionnelles à long terme (biens détenus depuis plus de 2 ans) sont imposées au taux de 12,5 %, auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 % (soit 29,7 % au total en 2024). L'article 151 septies du Code général des impôts prévoit des exonérations : totale si les recettes moyennes des deux exercices précédents n'excèdent pas 90 000 €, partielle entre 90 000 € et 126 000 €.
Cotisations sociales
Affiliation selon la profession
- La majorité des professions libérales non réglementées cotisent à la Sécurité sociale des indépendants (SSI), gérée administrativement par l'URSSAF.
- Les professions libérales réglementées figurant sur la liste fixée par décret cotisent à la CIPAV pour leur retraite de base et complémentaire.
- Les avocats relèvent de la Caisse nationale des barreaux français (CNBF), caisse autonome créée en 1948.
Calcul et régularisation
Pour les professionnels en déclaration contrôlée, les cotisations sociales sont assises sur le bénéfice net de l'exercice. Des appels provisionnels calculés sur les revenus de l'avant-dernière année (N-2) sont émis en cours d'exercice, puis régularisés l'année suivante à réception de la déclaration de revenus. La cotisation sociale auto-entrepreneur applique un taux forfaitaire sur les recettes brutes sans régularisation ultérieure.
Déductibilité des cotisations
Les cotisations sociales obligatoires (maladie, retraite, invalidité-décès) sont intégralement déductibles du bénéfice en déclaration contrôlée. Les cotisations versées dans le cadre de contrats Madelin (retraite supplémentaire, prévoyance, perte d'emploi) sont déductibles dans les limites fixées par l'article 154 bis du Code général des impôts.
Obligations déclaratives et comptables
Comptabilité de trésorerie
Les professionnels en BNC tiennent une comptabilité de trésorerie : seules les recettes effectivement encaissées et les dépenses effectivement payées au cours de l'exercice sont enregistrées. Cette règle est posée par l'article 93 du Code général des impôts. Le professionnel doit tenir :
- Un livre-journal chronologique de toutes les recettes et dépenses professionnelles.
- Un registre des immobilisations et des amortissements.
Ces documents doivent être conservés pendant 6 ans à compter de la date de la dernière opération mentionnée (article L. 169 du Livre des procédures fiscales).
Immatriculation
Tout professionnel exerçant en BNC s'immatricule via le guichet unique des formalités d'entreprises (formalites.entreprises.gouv.fr), opérationnel depuis le 1er janvier 2023 en remplacement des Centres de formalités des entreprises (CFE). L'immatriculation attribue un numéro SIREN à 9 chiffres et une inscription au registre national des entreprises (RNE). Les professions libérales pures sont dispensées d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS).
TVA et BNC
Franchise en base
Les professionnels en BNC bénéficient de la franchise en base de TVA si leur chiffre d'affaires hors taxes ne dépasse pas 36 800 € (seuil applicable au 1er janvier 2025, ajusté par la loi de finances pour 2024). En deçà, ils ne facturent pas la TVA et font figurer la mention « TVA non applicable — article 293 B du CGI » sur leurs factures. Ils ne peuvent pas non plus déduire la TVA sur leurs achats professionnels.
Assujettissement et exonérations
Au-delà du seuil ou sur option, le taux normal de 20 % s'applique à la plupart des prestations intellectuelles. Certaines activités médicales et paramédicales (consultations, actes de soins) bénéficient d'une exonération de TVA prévue à l'article 261-4 du Code général des impôts.
BNC et formes d'exercice
Exercice individuel
La forme la plus répandue est l'exercice en nom propre, sous le statut d'entrepreneur individuel (EI) ou d'auto-entrepreneur. Dans les deux cas, le professionnel déclare ses BNC sur sa déclaration personnelle d'impôt sur le revenu. Le plafonnement du chiffre d'affaires propre à la micro-entreprise peut conduire les professionnels dont l'activité croît à opter pour l'EI en déclaration contrôlée.
Exercice en société
Les professions libérales réglementées peuvent exercer au sein d'une société d'exercice libéral (SEL : SELARL, SELAS, SELCA, SELAFA). La SEL est soumise à l'impôt sur les sociétés ; les associés exerçants perçoivent des rémunérations de direction imposées en traitements et salaires, et non en BNC. La société civile professionnelle (SCP), fiscalement transparente, impose chaque associé en BNC à hauteur de sa part dans les résultats.
Association de gestion agréée
L'adhésion à une association de gestion agréée (AGA) permettait, jusqu'au 31 décembre 2022, d'éviter la majoration de 25 % appliquée aux revenus BNC des non-adhérents soumis à la déclaration contrôlée. Cette majoration a été supprimée progressivement entre 2020 et 2022 par la loi de finances pour 2021. Depuis 2023, l'AGA offre principalement une assistance à la prévention des difficultés de gestion et permet la déductibilité intégrale du salaire du conjoint collaborateur.
Prélèvement à la source
Depuis le 1er janvier 2019, les revenus BNC sont soumis au prélèvement à la source via des acomptes prélevés directement sur le compte bancaire du contribuable, les 15 de chaque mois (ou les 15 du premier mois de chaque trimestre sur option). Ces acomptes sont calculés par l'administration fiscale sur la base du dernier revenu BNC déclaré et régularisés en N+1 lors du calcul de l'impôt définitif. En cas d'écart inférieur à 10 % du montant exact, aucune pénalité n'est appliquée au contribuable.
Voir aussi
- Profession libérale
- Professions libérales réglementées
- Déclaration contrôlée
- Formulaire 2035
- Plus-value professionnelle
- Auto-entrepreneur
- Travailleur indépendant
- Micro-entreprise
- Régime micro-fiscal
- Versement libératoire de l'impôt sur le revenu
- Régime réel d'imposition
- Prélèvement à la source
- Franchise en base de TVA
- CIPAV
- URSSAF
- Expert-comptable
- Responsabilité civile professionnelle