Confédération française démocratique du travail
La Confédération française démocratique du travail (CFDT) est une confédération syndicale française fondée le 6 novembre 1964 par la transformation laïque de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). Première organisation syndicale de France en nombre d'adhérents, avec environ 620 000 membres revendiqués en 2023, elle se positionne sur une ligne réformiste fondée sur le dialogue social et la négociation collective. Son siège national est situé 4, boulevard de la Villette à Paris (19e arrondissement).
Histoire
Des origines chrétiennes à la déconfessionnalisation (1919-1964)
La CFDT est directement issue de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), fondée en 1919 dans le prolongement de la doctrine sociale de l'Église catholique. Pendant quatre décennies, la CFTC coexiste avec la CGT (Confédération générale du travail), s'affirmant comme une alternative syndicale aux centrales laïques en s'appuyant sur des valeurs d'inspiration chrétienne.
À partir des années 1950, un courant interne dit « majorité », porté notamment par Eugène Descamps et André Jeanson, milite pour une déconfessionnalisation complète du syndicat. Ce courant juge que l'ancrage confessionnel limite l'audience de la centrale et l'empêche de représenter l'ensemble des travailleurs, quelle que soit leur appartenance religieuse.
Le 6 novembre 1964, lors d'un congrès extraordinaire tenu à Paris, environ 70 % des délégués votent la transformation de la CFTC en CFDT et adoptent une charte de déconfessionnalisation. Une minorité refuse cette évolution et maintient la Confédération française des travailleurs chrétiens sous son appellation historique, organisation qui subsiste encore aujourd'hui.
Radicalisation et recentrage (1968-1990)
Après les événements de mai 1968, la CFDT engage une phase de radicalisation progressive. Sous la direction d'Edmond Maire, secrétaire général de 1971 à 1988, elle développe le concept d'autogestion ouvrière et noue une proximité idéologique avec la gauche politique, notamment le Parti socialiste. En 1974, la CFDT et la CGT signent un accord d'unité d'action, qui tourne court dès 1977 en raison de divergences stratégiques.
À compter de 1978, face aux difficultés de la stratégie unitaire, Edmond Maire engage un « recentrage » : la confédération abandonne les références à l'autogestion et revient à un syndicalisme centré sur la négociation collective et les avancées concrètes pour les salariés. Ce virage provoque des départs militants mais consolide l'identité réformiste de la centrale.
De 1990 à nos jours
Nicole Notat dirige la confédération de 1992 à 2002. En 1995, la CFDT adopte une position isolée en soutenant partiellement le plan Juppé de réforme de la protection sociale, ce qui déclenche une vague de départs estimée à 100 000 adhérents environ.
François Chérèque (2002-2012) recentre la confédération autour du « syndicalisme de résultats ». Laurent Berger lui succède en 2012 et dirige la CFDT jusqu'en juin 2023. Sous son mandat, la CFDT signe en janvier 2013 l'Accord national interprofessionnel (ANI) sur la sécurisation de l'emploi, fondateur du Compte personnel de formation et d'outils de flexisécurité. En 2019, la CFDT dépasse pour la première fois la CGT dans les résultats agrégés des élections professionnelles du secteur privé, confirmant sa place de première confédération syndicale française.
Marylise Léon, jusqu'alors secrétaire générale adjointe, est élue secrétaire générale lors du 51e congrès confédéral de juin 2023. Elle est la première femme à exercer cette fonction à titre permanent dans l'histoire de la confédération.
Organisation
Structure confédérale
La CFDT est structurée selon un double axe professionnel et territorial.
L'axe professionnel repose sur des fédérations sectorielles qui organisent les adhérents par branche d'activité et négocient les accords de branche. Parmi les principales fédérations :
| Fédération | Secteur couvert |
|---|---|
| CFDT Cadres | Cadres et agents de maîtrise (tous secteurs) |
| F3C CFDT | Communications, conseil, culture |
| FEP-CFDT | Enseignement privé sous contrat |
| CFDT Interco | Fonctions publiques territoriale et d'État |
| CFDT Santé-Sociaux | Secteur sanitaire, social et médico-social |
| CFDT Agriculture | Agriculture et agroalimentaire |
| CFDT Services | Commerce, distribution, tourisme |
| CFDT Transports | Transport et logistique |
L'axe territorial s'appuie sur 22 unions régionales métropolitaines et des unions départementales. Ces structures coordonnent l'action syndicale locale, représentent la CFDT dans les instances paritaires régionales et assurent la formation des militants.
Gouvernance
Le congrès confédéral, réuni tous les quatre ans, définit les orientations de la confédération et élit les membres du bureau national. Le secrétaire général est désigné par le conseil national confédéral entre deux congrès. Le bureau national comprend une vingtaine de membres permanents.
La confédération publie Syndicalisme Hebdo, mensuel destiné aux responsables syndicaux, et CFDT Magazine, revue trimestrielle destinée à l'ensemble des adhérents.
Adhésion et financement
L'adhésion se fait au niveau de la section syndicale d'entreprise ou du syndicat territorial de proximité. La cotisation est calculée à hauteur d'environ 1 % du salaire net mensuel. En 2023, la CFDT revendique environ 620 000 adhérents répartis dans quelque 10 000 sections syndicales actives.
Représentativité et audience électorale
Cadre légal
La représentativité syndicale en France est régie par la loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale. Depuis cette réforme, la représentativité n'est plus accordée par présomption aux confédérations historiques : elle résulte des résultats obtenus aux élections professionnelles, notamment aux élections des membres du Comité social et économique dans le secteur privé. Une organisation doit obtenir au moins 8 % des suffrages exprimés au niveau de la branche ou au niveau national interprofessionnel pour être reconnue représentative.
Résultats électoraux
Le Haut Conseil du dialogue social publie les résultats agrégés tous les quatre ans. Pour le cycle 2017-2020 dans le secteur privé et semi-public, la CFDT recueille 26,77 % des suffrages exprimés, devant la CGT (22,96 %), FO (15,24 %), la CFE-CGC (12,26 %) et la CFTC (9,49 %).
Dans la fonction publique hospitalière, la CFDT occupe la première place avec environ 27 % des voix. Dans la fonction publique d'État et la fonction publique territoriale, elle se situe généralement en deuxième position.
Doctrine et positionnement
Réformisme et négociation
La CFDT se définit comme un syndicat réformiste : elle affirme préférer l'accord négocié à la grève et au rapport de force systématique. Cette posture l'amène à signer des textes que d'autres organisations refusent, ce qui lui vaut des critiques des centrales plus combatives.
La confédération prône un modèle de flexisécurité inspiré des pratiques scandinaves : une plus grande souplesse dans la gestion des contrats de travail et des licenciements en contrepartie d'une protection sociale renforcée, notamment en matière de formation professionnelle et de retraite. La CFDT revendique régulièrement la revalorisation du Salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au-delà du mécanisme d'indexation légal afin d'améliorer le pouvoir d'achat des salariés les moins qualifiés.
Positions sur les réformes majeures
- 1995 — Plan Juppé : soutien partiel à la réforme de la protection sociale, position isolée qui provoque une perte d'environ 100 000 adhérents.
- 2003 — Réforme des retraites : signature de l'accord Fillon allongeant la durée de cotisation, au nom de la pérennité du système par répartition.
- 2013 — ANI sécurisation de l'emploi : signature créant le Compte personnel de formation, la mobilité interne et les accords de maintien dans l'emploi.
- 2016 — Loi El Khomri : soutien conditionnel à la réforme du Code du travail, sous réserve d'amendements renforçant les droits des salariés.
- 2023 — Réforme des retraites : opposition frontale au report de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans ; participation active aux mobilisations interprofessionnelles aux côtés de la CGT, FO et d'autres organisations.
Égalité professionnelle et non-discrimination
La CFDT intègre depuis les années 1970 les revendications liées à l'égalité professionnelle dans son agenda revendicatif. Elle milite pour la réduction des écarts salariaux entre femmes et hommes, la lutte contre les discriminations au travail — fondées sur le genre, l'origine ethnique, le handicap ou l'âge — et la prévention du harcèlement moral et sexuel dans les entreprises. L'élection de Marylise Léon en 2023 à la tête de la confédération illustre l'avancée de ces revendications au sein de l'organisation elle-même.
Rôle dans le dialogue social
Instances paritaires
Au titre du paritarisme, la CFDT siège dans les grandes instances de gestion paritaire :
- Unédic — gestion de l'assurance-chômage en cogestion avec le MEDEF et les autres organisations syndicales et patronales représentatives
- Caisses de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO
- Conseils de prud'hommes — désignation des conseillers prud'homaux représentant les salariés
- Commissions paritaires nationales et commissions mixtes paritaires de branche
La CFDT participe aux consultations du ministère du Travail sur les projets de réforme à portée sociale et contribue aux travaux de l'inspection du travail dans le cadre du suivi des conventions collectives.
Défense individuelle des salariés
Les militants CFDT peuvent exercer la mission de défenseur syndical : ils assistent et représentent gratuitement les salariés devant le conseil de prud'hommes dans les litiges liés au contrat de travail, aux licenciements abusifs ou aux situations de discrimination au travail. Cette mission s'inscrit dans le cadre du droit du travail français et de la procédure prud'homale.
Négociation interprofessionnelle
La CFDT est signataire de plusieurs accords nationaux interprofessionnels structurants : l'ANI du 11 janvier 2013 (sécurisation de l'emploi), l'ANI du 14 décembre 2013 (formation professionnelle) et l'ANI du 9 décembre 2020 (télétravail). Elle négocie régulièrement avec le MEDEF, la CPME et l'U2P sur les évolutions du marché du travail. Les accords d'entreprise signés par des sections CFDT représentent plusieurs milliers d'accords collectifs conclus chaque année en France.
Formation professionnelle et reconversion
Rôle dans la construction du système
La CFDT est l'une des organisations fondatrices du système paritaire de formation professionnelle continue, instauré par l'accord national interprofessionnel du 9 juillet 1970 (dit accord Fontanet). Elle co-gère depuis lors les fonds paritaires destinés au financement de la formation continue des salariés.
Elle a plaidé de longue date pour l'individualisation des droits à la formation, revendication qui aboutit à la création du Compte personnel de formation (CPF) dans l'ANI de 2013, puis à son inscription dans la loi du 5 septembre 2018 « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». Le CPF crédite chaque salarié de 500 euros par an (800 euros pour les non-qualifiés), plafonné à 5 000 euros (8 000 euros pour les non-qualifiés), pour financer des formations éligibles tout au long de la carrière.
Alternance et apprentissage
La CFDT soutient le développement de l'alternance comme voie d'insertion professionnelle et de montée en compétences. Ses représentants siègent dans les commissions paritaires de branche qui définissent les certifications éligibles à l'apprentissage et les niveaux de prise en charge (NPEC) fixés par France Compétences.
Transition professionnelle
La CFDT a accompagné la transformation du Congé individuel de formation (CIF) en projet de transition professionnelle (Pro-A), visant les salariés en reconversion ou dont l'emploi est menacé par les mutations économiques. Elle siège dans les commissions paritaires interprofessionnelles régionales (CPIR / Transitions Pro) qui instruisent les demandes de financement. Ses représentants participent également à la gouvernance de France Travail et des opérateurs de compétences (OPCO), structures issues de la réforme de 2018.
Dimension internationale
La CFDT est membre affiliée de deux organisations syndicales supranationales :
- La Confédération européenne des syndicats (CES/ETUC), qui regroupe 93 organisations affiliées dans 44 pays européens et représente environ 45 millions de travailleurs. La CFDT y est l'une des délégations les plus actives dans les négociations sur le dialogue social européen et les directives sociales.
- La Confédération syndicale internationale (CSI), fondée en 2006, qui regroupe 337 organisations syndicales dans 178 pays représentant environ 200 millions de travailleurs et porte les revendications syndicales devant l'Organisation internationale du travail (OIT).
Ces affiliations permettent à la CFDT de peser sur l'élaboration des normes sociales européennes et internationales, notamment en matière de droit du travail, de protection sociale et de négociation collective.