MEDEF
Le Mouvement des Entreprises de France (MEDEF) est la principale organisation patronale française, représentant les intérêts des entreprises privées auprès des pouvoirs publics et dans les négociations collectives. Fondé le 27 octobre 1998 pour remplacer le Conseil national du patronat français (CNPF, créé en 1946), il fédère environ 750 000 entreprises par l'intermédiaire de plus de 120 fédérations professionnelles nationales et d'environ 150 structures territoriales, représentant selon ses propres données près de 80 % du PIB marchand et plus de 13 millions de salariés du secteur privé.
Histoire
Du CNPF au MEDEF
Le Conseil national du patronat français avait été constitué en 1946 pour structurer la représentation des employeurs dans la France de l'après-guerre. Face à une image perçue comme dépassée et à la volonté de moderniser le discours patronal, le CNPF engage une profonde transformation sous la présidence d'Ernest-Antoine Seillière. Le 27 octobre 1998, lors de son congrès extraordinaire, l'organisation adopte à la quasi-unanimité un nouveau nom et une nouvelle identité, devenant le Mouvement des Entreprises de France. Ce changement marque une ambition affichée de représenter l'ensemble du tissu économique privé, des grands groupes industriels aux entreprises de taille intermédiaire.
Présidences successives
Depuis 1998, cinq présidents se sont succédé à la tête du MEDEF :
- Ernest-Antoine Seillière (1997-2005) : il conduit la transformation en MEDEF et adopte une posture offensive sur la flexibilité du marché du travail, notamment lors des débats sur les 35 heures ;
- Laurence Parisot (2005-2013) : premier mandat féminin à la présidence, marqué par des propositions de réforme du Code du travail et une implication dans la négociation de l'Accord national interprofessionnel du 11 janvier 2008 introduisant la rupture conventionnelle ;
- Pierre Gattaz (2013-2018) : pilote le MEDEF lors du Pacte de responsabilité et de solidarité (2014), qui prévoit des allègements de cotisations sociales patronales en échange d'engagements sur l'emploi ;
- Geoffroy Roux de Bézieux (2018-2023) : préside l'organisation pendant la crise sanitaire de 2020 et les négociations controversées sur les règles d'assurance chômage en 2019 et 2021 ;
- Patrick Martin (depuis juillet 2023) : élu au premier tour par les fédérations membres, il succède à Roux de Bézieux et engage le MEDEF dans les discussions sur la réforme des retraites complémentaires.
Organisation et gouvernance
Structure fédérale
Le MEDEF ne recrute pas directement des entreprises individuelles : celles-ci adhèrent à une fédération professionnelle sectorielle (par exemple la Fédération française du bâtiment, l'UIMM pour la métallurgie ou la Fédération bancaire française), qui adhère elle-même au MEDEF. L'organisation comprend :
- Plus de 120 fédérations professionnelles nationales couvrant l'ensemble des secteurs de l'économie privée ;
- Environ 150 MEDEF territoriaux, organisés à l'échelle départementale et régionale, qui constituent le relais de proximité auprès des entreprises locales ;
- Environ 750 000 entreprises adhérentes au total via ce double réseau.
Organes de direction
Le MEDEF est gouverné par un conseil exécutif, un bureau exécutif et une assemblée générale composée de représentants des fédérations. Le président est élu pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois, par les délégués des fédérations membres lors d'une assemblée générale élective. Le financement repose sur les cotisations versées par les fédérations, calculées proportionnellement aux effectifs salariés représentés. Cette règle de calcul est l'une des sources de tensions internes, les grandes fédérations industrielles pesant davantage dans le budget que les fédérations de secteurs à prédominance de TPE.
Rôle dans le dialogue social
Négociation collective interprofessionnelle
Le MEDEF est l'un des acteurs centraux du Dialogue social en France. Il négocie les accords nationaux interprofessionnels (ANI) avec les cinq organisations syndicales représentatives de salariés : la Confédération française démocratique du travail (CFDT), la CGT, la CFE-CGC, la CFTC et FO. Parmi les ANI les plus structurants négociés depuis 1998 figurent :
- L'ANI du 11 janvier 2008 sur la modernisation du marché du travail, qui crée la rupture conventionnelle homologuée ;
- L'ANI du 11 janvier 2013 sur la sécurisation de l'emploi, transposé par la loi du 14 juin 2013, instituant notamment la complémentaire santé collective obligatoire et le compte personnel de prévention de la pénibilité ;
- Les ANI sur l'assurance chômage (2017, 2019, 2023), qui définissent les règles d'indemnisation gérées par l'Unédic.
Le MEDEF siège à la Commission nationale de la négociation collective, instance consultative placée auprès du Ministère du Travail, et participe à la définition des règles encadrant les conventions collectives de branche.
Paritarisme
Le MEDEF est l'un des piliers du Paritarisme français, système dans lequel employeurs et salariés gèrent conjointement certains régimes sociaux. À ce titre, il cogère :
- L'Unédic, organisme paritaire chargé de la gestion de l'assurance chômage, qui verse les allocations aux demandeurs d'emploi via France Travail (ex-Pôle emploi) ;
- L'AGIRC-ARRCO, caisse de retraite complémentaire obligatoire pour les salariés du secteur privé, issue de la fusion en 2019 de l'AGIRC (ingénieurs et cadres) et de l'ARRCO (ensemble des salariés) ;
- Les opérateurs de compétences (OPCO), organismes paritaires chargés du financement de la Formation professionnelle continue et de l'Alternance, dont le réseau a été restructuré par la loi du 5 septembre 2018 dite « loi Avenir professionnel ».
Ces mandats paritaires font régulièrement l'objet de renégociations entre les Partenaires sociaux, notamment sur les paramètres des régimes d'indemnisation chômage ou les coefficients de retraite complémentaire.
Positions et orientations
Droit du travail et flexibilité
Le MEDEF défend de manière constante des positions favorables à l'assouplissement du Droit du travail, en particulier en matière de Durée du travail, de modalités de Licenciement économique et de hiérarchie des normes entre accords de niveaux différents. L'organisation a soutenu les Ordonnances Macron de septembre 2017 (également désignées sous l'appellation Ordonnances Travail 2017), qui ont renforcé la primauté de l'Accord d'entreprise sur l'Accord de branche dans plusieurs domaines, plafonné les indemnités prud'homales et fusionné les instances représentatives du personnel en un Comité social et économique unique.
Sur la question du temps de travail, le MEDEF a historiquement contesté la loi Aubry sur les 35 heures (2000) et plaidé pour une plus grande souplesse dans la négociation des dérogations à la Durée du travail légale au niveau de l'Accord d'entreprise.
Formation et compétences
Le MEDEF s'implique dans la gouvernance du système de Formation professionnelle à travers le financement paritaire et la gestion des OPCO. Il soutient le développement de l'Alternance, notamment le Contrat d'apprentissage, comme mode privilégié d'insertion des jeunes dans l'emploi et de transmission des savoir-faire professionnels. L'organisation plaide pour que les formations proposées soient davantage orientées vers les Métiers en tension identifiés par les branches et les territoires. Elle participe aux concertations sur le Plan de développement des compétences et la Contribution unique à la formation professionnelle et à l'alternance (CUFPA), qui remplace depuis 2019 la taxe d'apprentissage et la contribution à la formation professionnelle.
Dans ce cadre, le MEDEF participe aux travaux sur la Négociation annuelle obligatoire en entreprise, dont l'un des volets porte sur les orientations en matière de formation.
Relations avec les pouvoirs publics
Le MEDEF entretient des relations institutionnelles régulières avec le Ministère du Travail et les instances gouvernementales. Il est consulté lors de l'élaboration des projets de loi relatifs au droit social, à la fiscalité des entreprises et à la politique de l'emploi. L'organisation publie des notes de position, des enquêtes mensuelles de conjoncture sur l'activité des entreprises et des contributions aux concertations publiques. Elle est représentée auprès de l'Organisation internationale du travail (OIT) au sein du groupe des employeurs, aux côtés des organisations patronales d'autres pays membres.
Place dans le paysage patronal français
Le MEDEF coexiste avec deux autres organisations patronales représentatives au niveau national et interprofessionnel, reconnues par arrêté ministériel depuis la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle :
- La CPME (Confédération des Petites et Moyennes Entreprises), qui représente spécifiquement les TPE et PME et revendique environ 250 000 entreprises adhérentes ;
- L'U2P (Union des Entreprises de Proximité), qui regroupe les artisans, commerçants et professions libérales.
Ces trois organisations négocient conjointement ou séparément les accords nationaux interprofessionnels selon des règles de représentativité patronale définies par le Code du travail. La représentativité est mesurée tous les quatre ans en fonction du nombre d'entreprises adhérentes et de l'audience obtenue aux élections aux comités sociaux et économiques. Lors de la mesure publiée en 2021, le MEDEF a obtenu un taux de représentativité de 76,27 %, la CPME 17,09 % et l'U2P 6,64 %.
Critiques
Le MEDEF fait l'objet de critiques récurrentes de la part des organisations syndicales de salariés, qui lui reprochent de défendre prioritairement les intérêts des grands groupes industriels au détriment des PME et des travailleurs. Des économistes relèvent que les cotisations proportionnelles aux effectifs confèrent structurellement plus de poids aux grandes fédérations dans le budget et les organes de gouvernance. Sur le dossier de l'assurance chômage, les propositions du MEDEF tendant à restreindre les conditions d'indemnisation ont été vivement contestées par les syndicats lors des négociations de 2019, 2021 et 2023, l'État étant finalement intervenu par voie réglementaire après l'échec ou l'insuffisance de plusieurs cycles de négociation.
A contrario, des représentants de TPE et d'artisans estiment que le MEDEF ne défend pas suffisamment leurs intérêts spécifiques, ce qui justifie selon eux l'existence de la CPME et de l'U2P comme organisations distinctes.