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Contribution à la formation professionnelle

De Competences-metiers wiki

La contribution à la formation professionnelle (CFP) est un prélèvement obligatoire mis à la charge des employeurs français, destiné à financer la formation professionnelle continue. Composante principale de la Contribution unique à la formation professionnelle et à l'alternance (CUFPA) depuis la réforme opérée par la loi du 5 septembre 2018, elle s'applique à l'ensemble des employeurs de droit privé et constitue l'un des principaux instruments du financement de la formation en France.

Nature juridique

Qualification

La contribution à la formation professionnelle est une cotisation patronale obligatoire dont le régime est défini aux articles L. 6331-1 et suivants du Code du travail. Elle s'applique à l'ensemble des employeurs de droit privé — entreprises individuelles, sociétés commerciales, associations — dès lors qu'ils emploient au moins un salarié. Son assiette est constituée par les rémunérations brutes versées aux salariés, telles qu'elles sont retenues pour le calcul des cotisations de sécurité sociale, c'est-à-dire la masse salariale brute.

Distinction avec les contributions voisines

La contribution à la formation professionnelle doit être distinguée de la taxe d'apprentissage, contribution distincte au sein de la CUFPA, dont le taux est de 0,68 % de la masse salariale (0,44 % en Alsace-Moselle en application du régime local). Ensemble, elles forment la Contribution unique à la formation professionnelle et à l'alternance, collectée par l'URSSAF depuis le 1er janvier 2022. Il convient également de distinguer la contribution légale des contributions conventionnelles supplémentaires que les branches professionnelles peuvent instituer par voie de négociation collective.

Historique

Des origines à la réforme de 2018

Le financement obligatoire de la formation continue par les employeurs remonte à la loi du 16 juillet 1971, issue des accords interprofessionnels de 1970 négociés par les partenaires sociaux dans le cadre du dialogue social ayant suivi les événements de mai 1968. Ce texte fondateur a instauré une obligation de financement pesant sur les entreprises, structurée autour d'une participation à la formation professionnelle continue.

Avant la réforme de 2018, le taux de contribution variait selon trois tranches d'effectif :

Effectif Taux Principales destinations
Moins de 10 salariés 0,55 % Plan de formation, professionnalisation
De 10 à 19 salariés 1,05 % Plan de formation, congé individuel de formation, professionnalisation, FPSPP
20 salariés et plus 1,60 % Plan de formation, CIF, professionnalisation, FPSPP, DIF

Ces contributions étaient collectées par les organismes collecteurs paritaires agréés (OPCA), ancêtres des opérateurs de compétences actuels, qui les redistribuaient ensuite vers les dispositifs de formation professionnelle.

La réforme de la loi Avenir professionnel (2018)

La loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a profondément remanié le dispositif. Elle a créé la Contribution unique à la formation professionnelle et à l'alternance (CUFPA), fusionnant la contribution à la formation professionnelle et une fraction de la taxe d'apprentissage en une obligation unifiée. Les principaux changements introduits sont :

  • simplification des taux : deux tranches d'effectif au lieu de trois ;
  • création de France compétences, instance nationale de gouvernance, de régulation et de péréquation des fonds ;
  • transfert de la collecte des cotisations aux URSSAF à compter du 1er janvier 2022 ;
  • monétisation du Compte personnel de formation (CPF), dont les droits sont désormais exprimés en euros et non plus en heures, financés par une fraction dédiée de la contribution ;
  • suppression de l'obligation de dépense directe en formation pesant sur les entreprises, remplacée par une obligation de versement.

Transfert de collecte à l'URSSAF (2022)

Jusqu'au 31 décembre 2021, les opérateurs de compétences collectaient directement les contributions des entreprises relevant de leur champ de compétence sectoriel. Depuis le 1er janvier 2022, l'URSSAF — et la Mutualité sociale agricole (MSA) pour le secteur agricole — assure la collecte de l'ensemble de la CUFPA. Ce transfert a unifié les démarches déclaratives des employeurs : la contribution est intégrée à la Déclaration sociale nominative (DSN) mensuelle, comme les autres cotisations sociales, et les fonds collectés sont reversés à France compétences avant redistribution.

Taux et assiette de calcul

Taux légaux en vigueur

Depuis la réforme de 2018, deux taux s'appliquent selon l'effectif de l'entreprise :

Effectif Taux CFP Assiette
Moins de 11 salariés 0,55 % Masse salariale brute
11 salariés et plus 1,00 % Masse salariale brute

Le franchissement du seuil de 11 salariés déclenche l'application du taux supérieur, sous réserve des règles de lissage prévues par le Code du travail : une entreprise franchissant ce seuil pour la première fois bénéficie du maintien du taux de 0,55 % pendant trois exercices consécutifs.

Contribution CPF pour les titulaires de CDD

En complément de la contribution principale, une contribution spécifique est due au titre du Compte personnel de formation des salariés en contrat à durée déterminée (CPF-CDD). Son taux est fixé à 1 % des rémunérations versées aux titulaires de CDD, quelle que soit la taille de l'entreprise. Ce prélèvement distinct vise à compenser le moindre accès à la formation continue des salariés en contrats courts et la moindre accumulation de droits CPF dans ce contexte.

Contributions conventionnelles supplémentaires

Indépendamment de la contribution légale, la négociation collective de branche peut instituer des contributions conventionnelles supplémentaires, versées directement aux OPCO. Ces versements permettent aux branches d'abonder des dispositifs spécifiques : formations certifiantes, actions en faveur des apprentis, validation des acquis de l'expérience (VAE), ou encore soutien aux maîtres d'apprentissage et aux formateurs-tuteurs. Ces contributions conventionnelles s'ajoutent à la contribution légale sans s'y substituer.

Assiette et exonérations particulières

L'assiette de la contribution à la formation professionnelle est identique à celle des cotisations de sécurité sociale : elle inclut l'ensemble des rémunérations brutes versées (salaires, primes, avantages en nature). Les particuliers employeurs, les employeurs de certains intermittents du spectacle et certaines associations relèvent de modalités de calcul adaptées. Les employeurs publics (État, collectivités territoriales, établissements publics à caractère administratif) ne sont pas assujettis à la contribution légale mais financement la formation professionnelle de leurs agents par d'autres mécanismes.

Circuit de collecte et redistribution

Collecte par l'URSSAF

Depuis le 1er janvier 2022, l'URSSAF collecte la contribution à la formation professionnelle dans le flux mensuel de la Déclaration sociale nominative. Les employeurs déclarent les éléments de rémunération et les montants de cotisations via la DSN ; les versements interviennent selon les échéances habituelles (mensuel pour les entreprises de 50 salariés et plus, trimestriel pour les entreprises en dessous de ce seuil). Les fonds collectés sont ensuite reversés intégralement à France compétences, qui en assure la péréquation.

Rôle de France compétences

France compétences est l'instance nationale créée par la loi de 2018 pour réguler et piloter le financement de la formation professionnelle et de l'alternance. Elle reçoit les fonds collectés par l'URSSAF et assure leur répartition vers les différents bénéficiaires du système :

France compétences publie chaque année un rapport sur les flux financiers, les déséquilibres du système et les priorités de financement, et peut formuler des recommandations au gouvernement.

Rôle des OPCO

Les opérateurs de compétences, au nombre de onze depuis la réforme de 2018, reçoivent une fraction des fonds reversés par France compétences. Leurs missions dans ce cadre comprennent :

Les OPCO sont organisés par filière ou par secteur d'activité selon les regroupements de branches professionnelles définis par arrêté ministériel, dans le respect du principe du paritarisme.

Affectation des fonds

Répartition indicative pour les entreprises de 11 salariés et plus

La répartition de la contribution de 1 % entre les différents usages est encadrée par décret et ajustée périodiquement par le conseil d'administration de France compétences. À titre indicatif, la ventilation suit les grandes destinations suivantes :

Fraction approximative Destination principale Dispositifs concernés
≈ 0,68 % Développement des compétences Plan de développement des compétences, Pro-A, Conseil en évolution professionnelle
≈ 0,20 % Compte personnel de formation Droits CPF des salariés (gérés par la Caisse des dépôts et consignations)
≈ 0,12 % Alternance Apprentissage, professionnalisation

Financement du CPF

Le Compte personnel de formation permet à chaque salarié de cumuler des droits en euros : 500 € par an dans la limite de 5 000 € (plafond général), ou 800 € par an dans la limite de 8 000 € pour les salariés n'ayant pas atteint le niveau CAP ou BEP. Ces droits sont mobilisables pour financer des formations auprès d'organismes de formation certifiés Qualiopi depuis le 1er janvier 2022. La fraction de la contribution affectée au CPF est gérée par la Caisse des dépôts et consignations, qui administre la plateforme Mon Compte Formation.

En 2023, le gouvernement a instauré un reste à charge de 100 € pour les formations financées via le CPF hors abondement employeur, accord de branche ou situations spécifiques (invalidité, demandeurs d'emploi), afin de limiter la croissance des dépenses du système.

Financement de l'alternance

La contribution finance également une fraction des coûts pédagogiques des contrats d'apprentissage conclus dans les centres de formation d'apprentis (CFA). Le nombre d'apprentis en France a connu une croissance notable : de 320 000 en 2018 à environ 980 000 en 2023, exerçant une pression forte sur les fonds disponibles. France compétences ajuste régulièrement les NPEC par branche pour équilibrer les enveloppes allouées aux OPCO.

Financement du conseil en évolution professionnelle

Le Conseil en évolution professionnelle (CEP), service gratuit d'accompagnement des actifs dans leurs projets professionnels, est financé par les fonds issus de la contribution. Les opérateurs du CEP incluent des structures dédiées aux salariés dans chaque région, ainsi que France Travail pour les demandeurs d'emploi. Le CEP est distinct du Compte personnel de formation : il ne finance pas directement les formations mais oriente vers les dispositifs appropriés, y compris la Validation des acquis de l'expérience et la reconversion professionnelle.

Gouvernance paritaire

Rôle des partenaires sociaux

La contribution à la formation professionnelle s'inscrit dans le modèle du paritarisme français, dans lequel les partenaires sociaux — organisations syndicales représentatives (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC) et organisations patronales (Medef, CPME, U2P) — participent à la gouvernance des fonds collectés. Au sein de France compétences, ces représentants siègent au conseil d'administration aux côtés de l'État et des représentants des conseils régionaux, et délibèrent sur les priorités de financement, les règles de péréquation et les niveaux de prise en charge de l'alternance.

La négociation collective de branche joue un rôle complémentaire : les conventions collectives de branche peuvent fixer des obligations de contribution supplémentaires et des priorités de formation propres à chaque secteur. Ce modèle paritaire est au cœur du dialogue social en matière de formation depuis 1971.

Certification et contrôle qualité

Depuis le 1er janvier 2022, tout organisme de formation souhaitant dispenser des formations financées par les fonds de la contribution doit être certifié selon le référentiel national qualité Qualiopi, géré par le ministère du Travail. Cette certification conditionne l'accès aux financements publics et mutualisés. France compétences tient à jour le référentiel national des certifications professionnelles (RNCP) et le répertoire spécifique, vers lesquels les formations certifiantes financées via le CPF doivent être orientées.

Enjeux contemporains

Soutenabilité financière

La dynamique de dépenses du système depuis 2018 a généré des tensions financières pour France compétences. La Cour des comptes a signalé un déficit cumulé dépassant 6 milliards d'euros à fin 2022, principalement lié à la croissance du CPF (hausse du nombre de formations financées supérieure à 100 % entre 2020 et 2022) et à l'essor des contrats en alternance. Des mesures de maîtrise ont été engagées : instauration d'un reste à charge CPF en 2023, révision à la baisse de certains NPEC pour l'apprentissage, renforcement du contrôle qualité.

Adéquation emploi-formation

Un débat récurrent porte sur la correspondance entre les formations financées par les fonds collectés et les besoins réels identifiés par les branches professionnelles. Le Conseil en évolution professionnelle et les OPCO jouent un rôle d'orientation, mais la liberté de choix accordée aux salariés via le CPF a suscité un fléchissement vers des formations éloignées des priorités sectorielles. La mise en place de Qualiopi et le filtrage des formations éligibles au CPF visent à recentrer les fonds vers des formations certifiantes reconnues au RNCP.

Reconversion et transition professionnelle

La contribution finance indirectement les parcours de reconversion professionnelle via le CPF de transition géré par Transition Pro, ainsi que via le Conseil en évolution professionnelle. Les salariés souhaitant changer de métier ou monter en compétences peuvent combiner plusieurs dispositifs financés par la même contribution : Pro-A, VAE, certifications professionnelles inscrites au RNCP.

Voir aussi