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Médiateur en apprentissage

De Competences-metiers wiki

Le médiateur en apprentissage est un professionnel chargé de faciliter la résolution amiable des conflits survenant dans le cadre d'un contrat d'apprentissage, entre un apprenti, son employeur et, le cas échéant, le centre de formation d'apprentis (CFA). Institué par les articles L6222-39 à L6222-42 du Code du travail, ce rôle vise à prévenir les ruptures de contrat prématurées et à préserver la poursuite de la formation diplômante en alternance. En France, le nombre d'apprentis a atteint environ 980 000 en 2023, ce qui représente un doublement par rapport aux 490 000 recensés en 2019, rendant ce dispositif d'autant plus structurant pour le système d'enseignement professionnel.

Cadre légal et historique

Fondements juridiques

La médiation en matière d'apprentissage est encadrée par les articles L6222-39 à L6222-42 du Code du travail. Ces dispositions prévoient qu'en cas de différend entre l'apprenti et son employeur, les parties peuvent saisir un médiateur désigné par une organisation professionnelle patronale ou salariale représentative, par une chambre consulaire, ou par un opérateur de compétences (OPCO).

La loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a profondément réformé le système d'apprentissage en France, en transférant notamment la collecte des contributions de financement aux OPCO et en renforçant les dispositifs de prévention des ruptures de contrat. Dans ce contexte, la fonction de médiateur en apprentissage a été réaffirmée comme un mécanisme de régulation essentiel du système.

Avant 2018, la médiation relevait en grande partie des sections d'apprentissage des chambres de métiers et de l'artisanat (CMA) et des chambres de commerce et d'industrie (CCI), qui assuraient l'enregistrement des contrats et le suivi des litiges. La réforme a redistribué les compétences entre ces acteurs consulaires et les OPCO sans supprimer les réseaux historiques.

Distinction avec d'autres formes de médiation

Le médiateur en apprentissage se distingue du médiateur judiciaire en ce qu'il intervient dans un cadre extrajudiciaire et sectoriel, sans nécessiter d'introduction d'instance devant un tribunal. Il se différencie également du médiateur de la consommation ou du médiateur d'entreprise par la spécificité du contrat qu'il accompagne : le contrat d'apprentissage présente une double nature, à la fois pédagogique et professionnelle. Il n'exerce pas non plus de mission de conseil en orientation professionnelle tardive ou en bilan de compétences, bien qu'il puisse orienter les parties vers ces ressources en cas d'échec de la médiation.

Missions et attributions

Prévention des ruptures de contrat

La mission principale du médiateur consiste à intervenir en amont ou dès l'émergence d'un conflit pour éviter la rupture de contrat d'apprentissage. Selon les données de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES), le taux de rupture précoce des contrats d'apprentissage — dans les six premiers mois — atteignait en 2022 environ 18 % pour les apprentis préparant un CAP, contre 10 % pour ceux de niveau bac+2 et au-delà. La rupture anticipée représente un coût direct pour l'employeur, pour le CFA et pour l'apprenti, qui perd son statut et doit souvent interrompre sa formation diplômante.

Résolution amiable des litiges

Le médiateur instruit les différends portant sur les conditions de travail, la rémunération de l'apprenti (fixée en pourcentage du SMIC selon l'âge et l'année du contrat), la durée et l'organisation de la formation en CFA, les absences injustifiées ou les comportements inappropriés de l'une ou l'autre partie. Il conduit des entretiens séparés, puis des réunions conjointes, et formule des propositions de résolution non contraignantes. La procédure est gratuite pour les parties. Le médiateur ne dispose d'aucun pouvoir de sanction et ne peut substituer sa décision à celle d'une juridiction.

Accompagnement et réorientation

En cas de rupture inévitable, le médiateur accompagne l'apprenti dans la recherche d'un nouvel employeur ou dans une réorientation vers une autre formation professionnelle. Il peut signaler la situation au CFA, à l'OPCO compétent ou à France Travail, et informer l'apprenti sur des dispositifs tels que la validation des acquis de l'expérience (VAE) ou le compte personnel de formation (CPF).

Acteurs et structures de médiation

Désignation des médiateurs

Les médiateurs en apprentissage sont désignés par différentes catégories d'organisations :

Organisme désignateur Profil habituel du médiateur Champ d'intervention
Chambre de métiers et de l'artisanat (CMA) Professionnel du secteur artisanal Secteurs artisanat et très petites entreprises
Chambre de commerce et d'industrie (CCI) Professionnel du commerce ou de l'industrie Secteurs commerce, industrie, services
OPCO Référent apprentissage ou chargé de mission RH Branches professionnelles couvertes par l'OPCO
Organisation professionnelle de branche Expert métier ou représentant syndical Secteur professionnel de la branche concernée

Les médiateurs peuvent exercer cette mission à titre bénévole ou être rémunérés selon les dispositifs. Certains l'exercent à titre accessoire, dans le cadre d'un emploi principal lié à la formation continue ou aux ressources humaines.

Rôle des opérateurs de compétences

Depuis la réforme de 2018, les onze opérateurs de compétences — dont AKTO, OPCO 2i, Constructys, Atlas et l'OPCO EP — financent et sécurisent les contrats d'apprentissage relevant de leur champ de compétence. Chacun dispose de services dédiés à l'accompagnement des contrats en difficulté. L'OPCO peut proposer un médiateur interne ou orienter vers le réseau des CMA et CCI selon la nature de l'activité exercée par l'entreprise.

Procédure de médiation

Saisine

La saisine du médiateur est ouverte à l'apprenti, à l'employeur ou au CFA. Elle peut également être initiée par le médiateur lui-même lorsqu'il est informé d'un risque de rupture imminente par l'un de ces acteurs. La saisine est informelle : il n'existe pas de formulaire unique obligatoire au niveau national, bien que certains OPCO proposent un dossier de saisine standardisé. Le médiateur vérifie que le contrat d'apprentissage est en cours d'exécution et que le différend entre dans son champ de compétence.

Déroulement

  1. Réception de la demande et vérification de la recevabilité.
  2. Prise de contact séparée avec chaque partie pour recueillir les faits et les positions.
  3. Organisation d'une réunion de médiation, présentielle ou à distance.
  4. Formulation d'une proposition de résolution non contraignante.
  5. Accord amiable signé par les parties ou constat d'échec formalisé.

La durée moyenne d'une médiation en apprentissage est estimée entre deux et six semaines. La tenue des séances à distance, via des outils de visioconférence, est désormais courante, ce qui facilite l'accès au dispositif dans les territoires ruraux.

Issues

En cas d'accord, les parties signent un document récapitulant les engagements pris, qui peut prévoir le maintien du contrat avec des ajustements ou sa résiliation amiable dans des conditions convenues. En cas d'échec, elles conservent la faculté de saisir le conseil de prud'hommes. La rupture de contrat d'apprentissage à l'amiable, encadrée par les articles L6222-18 à L6222-20 du Code du travail, est juridiquement distincte de la rupture conventionnelle qui régit les contrats à durée indéterminée de droit commun.

Conditions d'exercice et formation

Compétences requises

Il n'existe pas de diplôme d'État spécifique au médiateur en apprentissage. Les compétences mobilisées dans cette fonction sont :

  • la connaissance du droit de l'apprentissage et des dispositions du Code du travail ;
  • la maîtrise des techniques de médiation et de conduite d'entretien ;
  • la capacité d'écoute active, de reformulation et de gestion des situations de tension ;
  • la connaissance des secteurs professionnels concernés et des métiers en tension ;
  • la neutralité et l'impartialité dans la conduite des séances.

Parcours d'accès

L'accès à la fonction résulte le plus souvent d'une expérience professionnelle préalable dans la formation professionnelle, les ressources humaines ou les métiers du droit. Une formation certifiante en médiation — par exemple un titre de médiateur professionnel inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) — constitue un atout reconnu par les organismes désignateurs.

Des formations courtes professionnelles en médiation sont proposées par des établissements tels que l'IFOMENE (Institut de formation à la médiation et à la négociation), l'EPMN (École de médiation et de négociation) ou le CNMA. Ces formations durent généralement entre 70 et 200 heures selon le référentiel et le niveau de certification visé.

La validation des acquis de l'expérience (VAE) permet d'obtenir une certification en médiation pour des professionnels justifiant de plusieurs années d'exercice dans la gestion de conflits, le conseil ou la formation professionnelle. La formation en situation de travail (FEST) peut servir de support à une montée en compétences progressive lors d'une prise de poste.

Financement de la formation

Les formations en médiation certifiantes inscrites au RNCP ou au Répertoire spécifique sont éligibles au compte personnel de formation (CPF). Le financement de la formation peut également être assuré par l'employeur via le plan de développement des compétences, ou par un projet de transition professionnelle (PTP) pour les salariés engagés dans une reconversion professionnelle vers ce métier.

Statistiques et données de cadrage

En 2023, la France comptait environ 980 000 apprentis, contre 490 000 en 2019, soit un doublement en quatre ans. Cette croissance a mécaniquement accru le volume de situations conflictuelles potentielles. La DARES estimait, sur la base des données 2022, que le taux de rupture de contrat toutes causes confondues se situait entre 25 % et 30 % selon les secteurs et les niveaux de diplôme préparés.

Le réseau des chambres de métiers et de l'artisanat recense chaque année plusieurs milliers de saisines de médiateurs au niveau national. Le taux de réussite des médiations — défini comme la proportion de cas aboutissant à un accord permettant soit la poursuite du contrat soit une résiliation amiable ordonnée — est estimé entre 60 % et 75 % selon les dispositifs et les régions.

Liens avec d'autres dispositifs d'accompagnement

Le médiateur en apprentissage s'inscrit dans un écosystème plus large de sécurisation des parcours de formation professionnelle :

Voir aussi