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Niveau de qualification

De Competences-metiers wiki

Le niveau de qualification désigne le degré de maîtrise des connaissances, aptitudes et compétences acquises par une personne dans un champ professionnel ou académique, tel qu'il est défini et reconnu par un système officiel de certification. En France, les niveaux de qualification sont codifiés depuis 2019 dans un cadre national en huit niveaux, aligné sur le Cadre européen des certifications, et les certifications correspondantes sont référencées dans le Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). Ils constituent un repère commun pour les employeurs, les salariés, les organismes de formation et les pouvoirs publics dans la construction et la reconnaissance des parcours professionnels et de reconversion.

Définition et cadre conceptuel

Un niveau de qualification traduit à la fois la complexité des tâches maîtrisées et le degré d'autonomie et de responsabilité associé à l'exercice d'une activité professionnelle. Il ne se confond pas avec le diplôme : si les diplômes d'État en sont le vecteur principal, une qualification peut également être acquise par la formation continue, la formation certifiante, l'alternance, ou par la reconnaissance de l'expérience via la validation des acquis de l'expérience (VAE).

La notion de niveau de qualification intervient dans plusieurs régimes juridiques distincts :

La loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a refondu le cadre national. Le décret n° 2019-14 du 8 janvier 2019 a remplacé l'ancienne nomenclature en chiffres romains (niveaux V à I), héritée d'une circulaire interministérielle de 1969, par une échelle de 1 à 8 correspondant aux niveaux du cadre européen des certifications (CEC).

La nomenclature française des niveaux de qualification

L'ancienne nomenclature (1969-2021)

Jusqu'au 31 décembre 2021, la France utilisait une nomenclature à cinq niveaux numérotés en chiffres romains, du plus bas au plus élevé. Cette grille, issue de la réforme de 1969 et actualisée par plusieurs circulaires interministérielles, servait de référence dans les conventions collectives et les politiques publiques de formation.

Ancien niveau Diplômes de référence Équivalent actuel
Niveau V CAP, BEP Niveau 3
Niveau IV Baccalauréat, brevet professionnel Niveau 4
Niveau III BTS, DUT, DEUST Niveau 5
Niveau II Licence, licence professionnelle Niveau 6
Niveau I Master, diplôme d'ingénieur, doctorat Niveaux 7 et 8

Cette nomenclature présentait deux limites majeures : elle ne distinguait pas le doctorat (niveau 8 actuel) des masters et diplômes d'ingénieur (niveau 7 actuel), et elle était incompatible avec le Cadre européen des certifications adopté par l'Union européenne en 2008.

La nomenclature actuelle (niveaux 1 à 8)

Depuis le 1er janvier 2022, date d'entrée en application effective pour les certifications enregistrées au RNCP, la nomenclature française comporte huit niveaux. Leurs descripteurs, fixés par l'arrêté du 8 novembre 2019 relatif aux règles de prise en charge des certifications par France Compétences, précisent pour chaque niveau les connaissances théoriques et factuelles, les aptitudes cognitives et pratiques, ainsi que le degré de responsabilité et d'autonomie attendu.

Niveau Descriptif général Certifications et diplômes types
1 Activités simples réalisées sous encadrement total ; connaissances générales rudimentaires Attestations de compétences partielles de premier niveau
2 Connaissances factuelles de base dans un domaine limité ; responsabilité très réduite CléA (socle de connaissances et de compétences professionnelles), premières attestations certifiées
3 Maîtrise d'outils et de méthodes dans un domaine professionnel ; travail sous supervision CAP, certains titres professionnels du ministère du Travail
4 Maîtrise élargie permettant l'adaptation à des situations variées ; initiative dans un cadre défini Baccalauréat (général, technologique, professionnel), brevet professionnel
5 Savoirs complexes dans un champ professionnel ; autonomie partielle dans la conduite d'activités BTS, DEUST, CQP de branche de niveau 5
6 Maîtrise approfondie et transversale ; mobilisation de savoirs dans des contextes professionnels variés Licence, licence professionnelle, BUT (bachelor universitaire de technologie), bachelor accrédité (3 ans)
7 Expertise dans un domaine ; conduite de projets complexes ; capacité d'innovation et de recherche appliquée Master, mastère spécialisé, diplôme d'ingénieur, diplôme de grande école
8 Maîtrise aux frontières de la connaissance ; contribution originale à un champ disciplinaire Doctorat, habilitation à diriger des recherches (HDR)

Les descripteurs du cadre national

Le décret de 2019 définit les niveaux selon trois dimensions reprises directement du cadre européen :

  • les connaissances (théoriques et/ou factuelles) ;
  • les aptitudes (cognitives — usage de la logique, de l'intuition, de la créativité — et pratiques — dextérité et usage de méthodes, matériaux, outils et instruments) ;
  • la responsabilité et l'autonomie dans l'exercice des activités.

Ces trois dimensions permettent de positionner n'importe quelle certification professionnelle sur l'échelle, indépendamment de sa voie d'obtention (formation initiale, formation continue, contrat d'alternance ou VAE).

Les certifications par niveau

Certifications enregistrées au RNCP

Le Répertoire national des certifications professionnelles recense, au 1er janvier 2025, plus de 4 500 certifications actives, réparties entre diplômes d'État (ministère de l'Éducation nationale, ministère du Travail, ministères de tutelle des grandes écoles), titres professionnels du ministère chargé de l'Emploi, et certifications de branches professionnelles (CQP). Chaque fiche RNCP indique obligatoirement le niveau de qualification, le référentiel d'activités et de compétences, l'organisme certificateur responsable et les modalités d'accès par la voie de la formation ou de la VAE.

La Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP), intégrée à France Compétences depuis le 1er janvier 2019, est l'autorité chargée de l'enregistrement et de l'évaluation périodique des certifications. Un organisme souhaitant faire enregistrer une nouvelle certification doit justifier le niveau revendiqué à l'aide de descripteurs explicites, d'un référentiel de compétences détaillé et d'un jury comprenant des professionnels extérieurs.

Le Répertoire spécifique

Parallèlement au RNCP, le Répertoire spécifique recense les certifications et habilitations qui ne constituent pas à elles seules une qualification professionnelle complète : compétences complémentaires à un métier, habilitations réglementaires (électricité, travail en hauteur), maîtrise linguistique (TOEIC, DELF Pro), compétences numériques (Pix, certifications éditeurs). Ces certifications ne portent pas de niveau de qualification au sens du cadre national des certifications professionnelles.

Les blocs de compétences

Depuis la loi du 5 septembre 2018, toute certification enregistrée au RNCP doit être structurée en blocs de compétences, unités capitalisables pouvant être validées séparément et conservées cinq ans. Cette architecture modulaire facilite les reconversions progressives : un candidat peut valider des blocs successifs sans être contraint d'obtenir la certification complète en une seule session. Les blocs de compétences constituent également l'unité de base de la VAE partielle.

Voies d'acquisition d'un niveau de qualification

Formation initiale et formation professionnelle

Le niveau de qualification s'acquiert prioritairement par la formation diplômante, qu'elle relève de la formation initiale (lycées professionnels, instituts universitaires de technologie, universités, grandes écoles) ou de la formation professionnelle des adultes. Le compte personnel de formation (CPF), alimenté en euros depuis le 1er janvier 2019 (500 € par an dans la limite de 5 000 €, ou 800 €/an jusqu'à 8 000 € pour les non-qualifiés), finance les formations certifiantes enregistrées au RNCP ou au Répertoire spécifique.

Alternance

Le contrat d'apprentissage et le contrat de professionnalisation permettent d'acquérir une certification de niveau 3 à 7 en combinant formation en centre de formation d'apprentis (CFA) et activité en entreprise. L'apprenti prépare un diplôme ou un titre enregistré au RNCP sous la responsabilité d'un maître d'apprentissage ; son niveau de qualification est validé par un organisme certificateur habilité. Le compagnonnage, reconnu au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2010, constitue une voie complémentaire ancienne de transmission des savoirs et de qualification par le travail.

Validation des acquis de l'expérience

La validation des acquis de l'expérience (VAE), instituée par la loi de modernisation sociale n° 2002-73 du 17 janvier 2002, permet d'obtenir tout ou partie d'une certification enregistrée au RNCP sur la base d'une expérience professionnelle, bénévole ou associative d'au moins un an cumulé. L'accompagnement VAE aide les candidats à formaliser leurs preuves dans le livret de recevabilité (livret 1) et le dossier de validation (livret 2), puis à les présenter devant un jury. En 2022, environ 30 000 dossiers de VAE ont été déposés en France, dont 68 % ont abouti à une validation totale ou partielle selon la DARES.

Bilan de compétences

Le bilan de compétences, d'une durée maximale de 24 heures réparties sur plusieurs semaines, ne délivre pas lui-même un niveau de qualification mais constitue un préalable utile pour identifier les certifications accessibles, les compétences transférables d'un métier à l'autre et les lacunes à combler pour atteindre un niveau cible. Il est finançable via le CPF et réalisé par des prestataires titulaires de la certification Qualiopi.

Le Cadre européen des certifications

Le cadre européen des certifications (CEC), en anglais European Qualifications Framework (EQF), a été adopté par le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne le 23 avril 2008 et révisé par une recommandation du 22 mai 2017. Il définit huit niveaux de qualification décrits selon les trois mêmes dimensions que le cadre national français (connaissances, aptitudes, responsabilité/autonomie), permettant une lecture commune des qualifications à travers les États membres.

L'objectif premier du CEC est de favoriser la lisibilité et la comparabilité des qualifications entre pays, facilitant ainsi la mobilité des travailleurs et des apprenants au sein de l'Union européenne. Depuis 2012, la France s'est engagée à mentionner le niveau CEC sur les suppléments aux diplômes nationaux. La correspondance entre les niveaux français (1 à 8) et les niveaux CEC (1 à 8) est directe depuis l'alignement opéré par le décret du 8 janvier 2019.

Le processus de Bologne, instauré par la déclaration de Bologne du 19 juin 1999 et signé par 47 États, organise quant à lui les études supérieures en trois cycles (licence/master/doctorat), correspondant respectivement aux niveaux 6, 7 et 8 du CEC. La compatibilité formelle entre le cadre de certifications de l'Espace européen de l'enseignement supérieur (QF-EHEA) et le CEC a été actée lors de la conférence de Louvain-la-Neuve en 2009.

Usages dans les relations de travail

Classification dans les conventions collectives

Dans la plupart des conventions collectives, la classification des emplois fait référence, directement ou par équivalence, aux niveaux de qualification. Cette correspondance conditionne l'appartenance à un coefficient ou à un groupe de classification, et par conséquent le salaire minimum conventionnel applicable. Une revalorisation de la classification à la suite d'une élévation du niveau de qualification — obtenu par VAE, formation continue ou promotion interne — peut entraîner une révision du coefficient salarial. Les partenaires sociaux peuvent négocier des grilles de correspondance spécifiques à leur branche.

Accès aux professions réglementées

L'accès à certaines professions réglementées est conditionné à la détention d'un niveau de qualification minimal, défini par voie législative ou réglementaire. L'exercice de la médecine requiert un doctorat d'État en médecine (niveau 8) ; la profession d'expert-comptable exige le diplôme d'expertise comptable de niveau 7 ; l'accès à de nombreuses professions libérales réglementées est contrôlé par les ordres professionnels compétents, qui vérifient la conformité du titre détenu aux exigences légales et peuvent exiger des épreuves d'aptitude ou des stages de mise à niveau pour les diplômes obtenus à l'étranger.

Mobilité et compétences transférables

Dans une démarche de reconversion professionnelle, le niveau de qualification constitue un point de départ et non un aboutissement. Son exploitation dans un nouveau secteur suppose une analyse des compétences transférables — savoirs et savoir-faire mobilisables dans un contexte professionnel différent — ainsi qu'une identification des compétences comportementales et des compétences techniques spécifiques au métier visé. Cette analyse est au cœur du bilan de compétences et des dispositifs d'accompagnement VAE, qui permettent de cartographier les écarts entre le profil existant et les exigences de la certification cible.

Acteurs et pilotage du système

France Compétences

France Compétences, autorité nationale de financement et de régulation de la formation professionnelle et de l'apprentissage créée par la loi du 5 septembre 2018 et opérationnelle depuis le 1er janvier 2019, exerce quatre missions principales : la régulation du système de certification (enregistrement et révision périodique des fiches RNCP et du Répertoire spécifique) ; le financement et la répartition des fonds entre les opérateurs de compétences (OPCO) ; la fixation des niveaux de prise en charge des contrats d'alternance ; et la production annuelle de données sur le marché de la formation professionnelle. C'est à France Compétences qu'appartient la décision finale d'enregistrer ou de refuser une certification.

Opérateurs de compétences

Les OPCO, au nombre de onze depuis la réforme de 2019 (contre vingt OPCA auparavant), financent les formations qualifiantes dans les entreprises de moins de 50 salariés et instruisent les dossiers de contrats d'alternance. Leur action sectorielle s'articule avec celle des CARIF-OREF (centres d'animation, de ressources et d'information sur la formation — observatoires régionaux de l'emploi et de la formation), qui produisent des analyses territoriales sur les besoins en qualification et les tensions sur le marché du travail, à l'échelle de chaque région.

Qualiopi et qualité des prestataires

Qualiopi est la certification qualité obligatoire, depuis le 1er janvier 2022, pour tout prestataire de formation, d'accompagnement à la VAE ou de bilan de compétences souhaitant accéder aux fonds publics ou mutualisés. Son référentiel national qualité (RNQ) comporte sept critères, parmi lesquels la transparence sur les niveaux de qualification visés, les prérequis d'entrée en formation et les modalités d'évaluation des acquis des apprenants. La certification Qualiopi est délivrée par des organismes certificateurs accrédités par le COFRAC ou autorisés par l'État.

Enjeux et perspectives

Élévation générale du niveau de qualification

Selon la DARES, la part des 25-64 ans titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur est passée de 26 % à 43 % en France entre 2003 et 2023. Sur la même période, la proportion de la population sans aucun diplôme a reculé de 21 % à 11 %. Le Plan d'investissement dans les compétences (PIC), lancé en 2018 avec une enveloppe de 13,6 milliards d'euros sur cinq ans (2018-2022), visait à former ou à qualifier un million de demandeurs d'emploi peu ou pas qualifiés (niveaux 1 à 3) et un million de jeunes éloignés du marché du travail.

Reconnaissance internationale des qualifications

La directive européenne 2013/55/UE sur la reconnaissance des qualifications professionnelles impose aux États membres de mettre en place des procédures de reconnaissance pour les ressortissants de l'Union souhaitant exercer dans un État membre autre que celui où leur qualification a été obtenue. Les disparités persistantes entre systèmes nationaux de certification — durée des cursus, descripteurs de niveaux, modalités d'évaluation — restent un obstacle à la mobilité professionnelle intra-européenne, malgré l'alignement formel sur le CEC.

Nouvelles qualifications numériques

L'essor du numérique génère une demande soutenue de certifications de niveaux 5 à 7 dans les domaines de la cybersécurité, du développement logiciel et de l'intelligence artificielle. Des titres professionnels créés spécifiquement pour ces métiers (technicien supérieur systèmes et réseaux, concepteur développeur d'applications) se sont rapidement développés au RNCP. Parallèlement, des certifications de compétences numériques transversales inscrites au Répertoire spécifique — comme la certification Pix — ne portent pas de niveau de qualification RNCP, ce qui soulève la question de leur prise en compte dans les grilles de classification des conventions collectives.

Voir aussi